
Libreville, le 22 avril 2025 – (Dépêches 241). Le 19 mars 2025 dernier, un rapport stratégique financé par la Banque Africaine de Développement (BAD) a mis en lumière une réalité incontournable pour le Gabon : la nécessité urgente d’accélérer la diversification de son économie, qui reste encore trop dépendante du secteur pétrolier. L’étude, réalisée par le cabinet AGORA Consulting, fait état d’une dépendance inquiétante vis-à-vis des revenus pétroliers, qui, loin de garantir une croissance durable, exposent le pays aux fluctuations du marché mondial de l’or noir. Selon la BAD, cette situation ne peut plus perdurer et des réformes structurelles doivent être engagées pour consolider des secteurs non pétroliers tels que l’agriculture, la pêche, le tourisme et les industries manufacturières.
Cette recommandation de la BAD va dans le sens d’une transformation économique et sociale attendue depuis plusieurs années. Pour ce faire, l’étude préconise plusieurs leviers : améliorer le climat des affaires, développer les infrastructures, renforcer le capital humain et promouvoir des secteurs productifs diversifiés. Cependant, ces recommandations se heurtent à la réalité de la politique économique actuelle du Gabon, qui, au lieu de favoriser une transition en profondeur vers une économie plus résiliente, semble se perdre dans des décisions financières ponctuelles et incohérentes.
Le pays, sous la gouvernance actuelle, semble multiplier les initiatives économiques peu structurées, comme en témoigne la distribution d’urgence de 63 milliards de FCFA aux provinces, qualifiée de « ballon d’essai ». Cette manœuvre, réalisée sans un plan d’investissement précis et sans vision à long terme, contraste avec les objectifs de diversification et de développement durable énoncés par la BAD. Comment concilier des démarches économiques aléatoires avec des objectifs clairs de transformation structurelle ? Il est difficile de voir comment ces deux approches peuvent coexister sans risque de compromettre les efforts de diversification de l’économie gabonaise.
De plus, la politique économique actuelle du gouvernement semble davantage orientée vers des solutions à court terme, comme l’emprunt obligataire de 85 milliards de FCFA récemment lancé, plutôt que sur des projets stratégiques de long terme qui pourraient véritablement amorcer un changement dans les secteurs non pétroliers. Les 85 milliards levés sont, certes, une opportunité pour le Gabon, mais leur utilisation doit impérativement viser à soutenir les secteurs recommandés par la BAD, notamment les infrastructures et le capital humain, pour amorcer une véritable transformation économique.
Le manque de cohérence entre les initiatives ponctuelles du gouvernement et les objectifs de diversification suggère une gestion économique désordonnée, à la croisée des chemins entre des décisions financières improvisées et la nécessité d’un plan de développement structuré. Le Gabon a désormais l’obligation de mettre en œuvre une véritable politique économique, soutenue par des réformes profondes et une vision stratégique de développement durable, loin des actions spectaculaires qui ne répondent pas aux besoins fondamentaux de diversification.
Si le Gabon veut répondre aux recommandations de la BAD et réellement diversifier son économie, il doit impérativement revoir sa politique économique, en mettant l’accent sur une gestion plus structurée, une meilleure planification des investissements et une vision claire des secteurs porteurs d’avenir. Le pays se trouve à un tournant crucial de son histoire et il est impératif que cette opportunité ne soit pas gâchée par des actions incohérentes ou des décisions à court terme.







