
Libreville, le 23 Juin 2025 – (Dépêches 241). Le 28 juin 2025, le Gabon s’apprête à vivre un séisme politique silencieux, mais redoutablement efficace: la naissance annoncée du Parti présidentiel de Brice Clotaire Oligui Nguema. Derrière les formules rassurantes d’« outil fédérateur » et de « rassemblement des énergies constructives », c’est un coup de maître politique qui se profile. Un coup d’accélérateur dans la recomposition d’un paysage politique encore groggy de la chute du régime Bongo, mais surtout une opération de captation d’alliés, menée avec la précision d’un orfèvre du pouvoir.
Le recyclage des barons: renaissance ou blanchiment politique ?
Ce nouveau Parti, bien loin d’être une coquille vide, s’annonce déjà comme le refuge des anciens cadres du Parti Démocratique Gabonais (PDG), ces ex-hauts responsables soudainement orphelins de leur maison-mère et du système qui les nourrissait. Pour eux, la formation d’Oligui Nguema fait office de sas de réinsertion: on y entre sans avoir à assumer le lourd passif de l’ère Bongo, mais avec la promesse d’une nouvelle virginité politique. Le Président, en stratège, leur offre une planche de salut, tout en se constituant une armée de fidèles, aguerris aux rouages du pouvoir.
Vers une cohabitation sous contrôle: l’opposition sommée de choisir
Mais la manœuvre va plus loin. En tendant la main aux principales forces d’opposition – Union Nationale de Paulette Missambo, Rassemblement pour la Patrie et la Modernité (RPM) d’Alexandre Barro Chambrier, Les Démocrates de Guy Nzouba Ndama – Oligui Nguema ne cherche pas seulement à élargir sa base. Il impose, en douceur, une logique de cohabitation anticipée. Pour les opposants, le dilemme est cruel: s’isoler et risquer la marginalisation, ou accepter de jouer les partenaires dans une majorité composite, au prix d’un réalisme politique qui sent l’opportunisme à plein nez.
Majorité élargie ou verrouillage du système ?
Le vrai génie de la manœuvre de Brice Clotaire Oligui Nguema réside dans la constitution d’un bloc hétérogène: anciens barons, jeunes pousses de la société civile, micro-partis indépendants. Un attelage bigarré, mais redoutablement efficace pour stabiliser la gouvernance à la veille des élections législatives et locales. Le Président envoie ainsi un signal fort: la post-transition ne sera pas une zone de non-droit, mais un laboratoire de gouvernance où l’équilibre entre continuité administrative et renouvellement politique sera savamment dosé.
Cooptation raffinée ou alternance simulée ?
Pourtant, derrière la façade d’inclusivité, le risque est grand de voir se reproduire, sous une forme plus subtile, les mécanismes de cooptation consensuelle qui ont fait la longévité du système Bongo. Les opposants pourraient bien se retrouver cantonnés à des postes symboliques, en échange d’une neutralité politique de façade. Une alternance maîtrisée, sans effondrement du système, mais sans véritable changement de mentalité non plus.
Oligui, maître des horloges ?
En définitive, la création du Parti présidentiel n’est pas seulement un acte de rassemblement : c’est une prise d’avance stratégique, un recentrage du pouvoir autour d’un homme décidé à devenir le centre de gravité du système politique gabonais. Le véritable maître des horloges, c’est désormais lui. Reste à savoir combien de temps l’illusion du renouvellement tiendra face à l’usure des vieilles recettes.
Le Gabon s’apprête-t-il à vivre une révolution politique ou une nouvelle saison de recyclage ? La réponse, comme souvent, se jouera dans les coulisses du pouvoir.







