
Libreville, le 26 Juin 2025 – (Dépêches 241). Dans la grande saga des partis politiques gabonais, chaque épisode réserve son lot de rebondissements dignes d’un soap-opéra. Le dernier en date ? Guy Nzouba Ndama, ancien président de l’Assemblée nationale et chef du parti « Les Démocrates », qui, face à la tempête du projet de réorganisation des partis politiques, lance un appel poignant… à sa propre famille, pour grossir les rangs de son parti. Oui, vous avez bien lu : la politique, c’est d’abord une affaire de reconnaissance familiale, avant d’être une affaire de convictions.
Depuis que le gouvernement exige un minimum de 12 000 militants « réels » pour valider l’existence d’un parti politique, la chasse aux adhérents est ouverte. Mais au Gabon, où les partis politiques sont aussi solides qu’un château de cartes sous la pluie, il faut bien trouver des solutions créatives. Guy Nzouba Ndama, jamais à court d’idées, a donc décidé de ratisser large… mais surtout chez lui. Après tout, pourquoi s’embarrasser à convaincre le peuple quand on peut commencer par le salon familial ?
Le militantisme version arbre généalogique
Ce geste n’est pas anodin. Il illustre à merveille la fragilité chronique des partis gabonais, qui peinent à exister sans la béquille d’un « grand homme » ou d’un chef charismatique. Les structures sont si peu enracinées dans la société que, pour survivre à la nouvelle loi, il faut parfois compter sur les cousins, les tantes, et même le neveu qui n’a jamais mis les pieds à Libreville. On imagine déjà les réunions de famille transformées en congrès : « Qui n’a pas encore signé la fiche d’adhésion ? »
Quand la reconnaissance devient le moteur de l’engagement
Guy Nzouba Ndama invoque la « reconnaissance » comme raison d’adhérer à son parti. Voilà donc la politique réduite à une dette familiale, où l’on s’engage non par conviction, mais pour rendre la pareille à l’oncle Guy qui a payé les frais de scolarité ou offert le mouton à la dernière fête. La démocratie gabonaise se réinvente : après le parti-État, voici le parti-famille.
12000 militants : la barre ou l’illusion ?
La réforme, censée renforcer les partis et leur donner une véritable assise populaire, révèle surtout leur extrême fragilité. Quand il faut supplier la famille pour atteindre le quota, c’est que la base militante est aussi réelle que les promesses électorales. Les « 12 000 militants » deviennent alors un chiffre magique, un Graal bureaucratique, plus qu’un véritable indicateur de vitalité démocratique.
Conclusion : la politique, une histoire de famille… pour combien de temps ?
En définitive, l’appel de Guy Nzouba Ndama à sa famille n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité des partis à s’ancrer durablement dans la société gabonaise, à dépasser le cercle restreint des proches et des obligés. Tant que la politique restera une affaire de reconnaissance familiale, la démocratie gabonaise restera fragile, oscillant entre le folklore et la survie administrative. Mais rassurons-nous : au prochain baptême, il y aura peut-être assez de militants pour tenir une assemblée générale. Au Gabon, la politique, c’est d’abord une réunion de famille. Les convictions, on verra plus tard.







