Gabon: quand pour d’aucuns, créer un parti devient aussi simple qu’ouvrir un compte Instagram, Foumboula Libeka tire la sonnette d’alarme 

Le Député de la Transition a retrouvé un soupçon de lucidité en s’insurgeant contre les dernières sorties du ministère de l’Intérieur © DR

Libreville, le 11 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Dans les couloirs feutrés du palais législatif, une révolution silencieuse s’opère. Fini le temps où créer un parti politique nécessitait de courir après des signatures manuscrites et de collecter péniblement des cotisations. Bienvenue dans l’ère 2.0 de la politique gabonaise, où un simple clic suffit désormais à transformer n’importe quel citoyen en leader charismatique d’une formation politique flambant neuve.

Cette semaine, l’honorable Geoffroy Foumboula Libeka Makosso, député de la Transition et gardien autoproclamé de l’orthodoxie juridique, a jeté un pavé dans la mare numérique. Avec la délicatesse d’un professeur de droit corrigeant une copie particulièrement médiocre, il a rappelé à ses collègues une vérité dérangeante : la loi, cette vieille dame capricieuse, exige encore des signatures à l’encre et des espèces sonnantes et trébuchantes.

Quel anachronisme ! Alors que tout le monde s’accorde à dire que l’avenir appartient au digital, voilà que notre code électoral fait de la résistance. Comme si créer un parti politique était plus compliqué que lancer une chaîne YouTube ou ouvrir une boutique en ligne. Les jeunes entrepreneurs politiques du pays doivent être dépités : eux qui pensaient pouvoir révolutionner la démocratie gabonaise avec une simple campagne de crowdfunding et quelques hashtags bien placés.

Le député Foumboula Libeka, visiblement inquiet pour ses collègues leaders, multiplie les mises en garde avec l’insistance d’un parent soucieux. « Faites attention », semble-t-il leur dire, « la route vers le pouvoir est pavée de formulaires en trois exemplaires et de reçus d’adhésion dûment tamponnés ». Car après tout, quelle crédibilité peut avoir un parti dont les membres n’ont jamais sorti leur portefeuille ?

Garde fou et prudence, le législateur fait preuve de sagesse 

L’ironie de la situation n’échappe à personne. Dans un pays où l’on peut désormais payer son taxi avec son téléphone et commander son déjeuner en quelques clics, la création d’un parti politique reste un processus aussi archaïque qu’une transaction bancaire des années 80. Les signatures numériques, ces merveilles technologiques qui permettent de signer des contrats de millions depuis son canapé, se retrouvent soudainement aussi fiables qu’une promesse électorale.

Mais peut-être est-ce là toute la sagesse du législateur gabonais. Dans un monde où tout va trop vite, où les révolutions se font en 280 caractères et où les mouvements politiques naissent et meurent au rythme des tendances TikTok, il reste rassurant de savoir que certaines choses demandent encore du temps, de l’effort et un peu de sueur. Après tout, si créer un parti était aussi simple que créer un compte sur les réseaux sociaux, le paysage politique gabonais ressemblerait probablement à un gigantesque mème internet.

En attendant, les aspirants révolutionnaires devront se résoudre à troquer leurs tablettes contre des stylos, leurs QR codes contre des timbres, et leurs likes contre de vraies signatures. Une leçon d’humilité que le député Foumboula leur sert avec le sourire, en espérant secrètement qu’ils ne feront pas « pire que le PDG » – une expression colorée qui mériterait à elle seule une place dans le dictionnaire de la politique gabonaise moderne.

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