
Libreville, le 14 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Et si le véritable objectif du déplacement d’Oligui Nguema à Washington n’était pas économique, mais diplomatiquement existentiel ? Derrière les annonces de partenariats énergétiques, de projets portuaires ou de contrats aéronautiques, la visite du président gabonais à la Maison Blanche, dans un format exceptionnellement solennel, semble surtout répondre à un besoin urgent : construire une reconnaissance extérieure pour stabiliser une légitimité intérieure encore fragile.
Depuis le coup de force du 30 août 2023, le pouvoir de transition peine à s’imposer comme définitivement consolidé. Certes, les réformes sont lancées, le climat politique apaisé, mais le processus de normalisation institutionnelle reste inachevé. La transition, encore floue dans ses échéances, suscite de l’attente au sein de la population, mais aussi des interrogations dans les chancelleries. Dans ce contexte, la reconnaissance visuelle et protocolaire accordée par les États-Unis à Oligui Nguema prend tout son sens : elle agit comme un timbre de validation politique sur la scène internationale.
Ce voyage, minutieusement scénarisé, foule à l’aéroport, mobilisation diplomatique, relais médiatique, a tout du récit fondateur. Comme une manière de montrer aux Gabonais que leur président est traité « d’égal à égal » par la première puissance mondiale, et qu’il incarne une stature, non plus militaire ou transitoire, mais étatique, stable, presque présidentielle au sens démocratique du terme. Le message est autant destiné à Libreville qu’à Washington : « Je suis ici, donc je suis légitime ».
Historiquement, d’autres régimes de transition africains ont tenté ce type de reconnaissance par projection. En Guinée, au Mali ou au Tchad, la recherche d’appuis extérieurs a souvent servi à neutraliser des critiques internes ou à reporter les promesses de transition. Le Gabon pourrait éviter ce piège, mais encore faudrait-il que ce déplacement se traduise en actes de gouvernance solides : institutions clarifiées, calendrier électoral crédible, ouverture politique réelle et respect du jeu démocratique.
La visite d’Oligui Nguema à la Maison Blanche restera dans les archives comme un moment fort du repositionnement international du Gabon. Mais son importance réelle ne se mesure ni en milliards d’investissements annoncés ni en photos diffusées, mais dans la manière dont elle sera convertie en confiance intérieure. Sans une prise en compte réelle de cet aspect, l’image d’un chef d’État applaudi à l’extérieur, mais contesté ou attendu à l’intérieur, pourrait rapidement devenir un symbole creux.







