Gabon: suspension des bourses pour les étudiants désireux de poursuivre leur cursus aux États-Unis et au Canada en 2026

Le Chef de l’État au moment d’aller échanger avec ses compatriotes lors de son récent séjour aux États-Unis.© DR

Libreville, le 14 juillet 2025-(Dépêches 241). En déplacement outre atlantique pour un sommet multilatéral convoqué par le Président américain Donald Trump du 9 au 11 juillet dernier, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en a profité pour rencontrer la communauté gabonaise sur place. Lors de cette rencontre, la question des bourses d’études a été évoquée. Avec franchise et clarté, le Chef de l’État a affirmé qu’aucune bourse ne serait désormais attribuée pour des études aux États-Unis et au Canada. Il a justifié cette décision par le coût élevé de ces formations, ainsi que par le fait que la plupart des étudiants bénéficiaires ne rentraient pas au Gabon à l’issue de leur cursus.

« Vous m’avez voté pour vous dire la vérité, cette année, il n’y aura pas de bourses pour les États-Unis, il n’y aura pas pour le Canada parce que les études coûtent chères », a lancé le Président Brice Clotaire Oligui Nguema à ses compatriotes qui l’interrogeaient sur l’attribution des bourses à l’étranger.

Une décision essentiellement motivée par le coût des études dans ces pays

Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a déclaré, à l’occasion d’une rencontre avec la diaspora gabonaise outre-Atlantique, qu’aucune bourse ne sera octroyée pour les études aux États-Unis et au Canada pour l’année 2026, en raison du coût particulièrement élevé de la scolarité dans ces pays.

Cette mesure s’inscrit dans une volonté de rationalisation des dépenses de l’État. Le Gouvernement a décidé de privilégier des destinations plus accessibles financièrement tout en renforçant l’offre d’enseignement supérieur au Gabon.

Une décision qui veut endiguer le phénomène de la fuite des cerveaux

Il est constaté que de nombreux étudiants gabonais, à l’issue de leur formation outre-Atlantique, choisissent de s’y établir professionnellement. Ainsi, les bourses accordées et financées par l’État gabonais contribuent à former ces étudiants, sans que le Gabon ne puisse tirer avantage des compétences et du savoir acquis à l’étranger.

Selon Le Président Oligui Nguema en 2026, il n’y aura pas de bourses accordées pour les États-Unis et le Canada, car les étudiants qui y étudient ne reviennent jamais dans leur pays d’origine. Des choix qui sont préjudiciables pour le Gabon qui, après avoir financé leurs études, perd des élites devant participer à sa construction.« A quoi ça nous sert de donner la bourse à des Gabonais qui viennent ici et qui vont rester ici ? », s’est interrogé Brice Clotaire Oligui Nguéma.

Dans la même veine, il a également souligné la situation de ceux qui acquièrent la nationalité de leur pays d’accueil: « et grave encore vos enfants qui ont une double nationalité, si le Gabon ne fait pas sa part, l’Amérique fera sa part », a ajouté le numéro un gabonais.

Enfin, Oligui Nguema a encouragé les parents gabonais à orienter leurs enfants vers des pays où les frais de scolarité sont moins élevés pour l’État, et où, selon lui, les étudiants gabonais seraient moins enclins à s’installer durablement. « On préfère donner la bourse à ceux qui vont au Sénégal, au Ghana, au Maroc parce qu’on sait qu’ils vont revenir », a-t-il conclu.

Une décision diversement appréciée ?

Si le Président Oligui Nguema a reconnu comprendre les étudiants qui choisissent de ne pas retourner au Gabon après leurs études, car, comme il l’a justement affirmé « c’est l’instinct de l’homme, il veut vivre là où l’on paie mieux », il reste néanmoins qu’il semble les avoir compris que partiellement. La décision du Gouvernement gabonais à ce sujet étant largement discutable.

En réalité, le Président Oligui Nguema s’est visiblement contenté d’effleurer les véritables raisons de cette fuite des cerveaux, sans en tirer les conséquences nécessaires. Est-il juste que les étudiants gabonais sacrifient leurs bourses à cause du manque de salaires attractifs dans leur pays ?

Améliorer les conditions de vie des jeunes actifs au Gabon devrait interpeller davantage le Président gabonais plutôt que la suppression des bourses aux Etat unis ou au Canada. En clair, si le Gabon devient un pays attractif, nul doute que les étudiants boursiers auront à cœur de revenir à la fin de leurs études. D’ailleurs, en dépit de cet aspect, une grande majorité d’étudiants ayant été formé en Occident rentrent souvent au Gabon après leur formation.

Aussi, cette réorientation stratégique de la politique de formation à l’international, qui favorise des pays jugés moins coûteux comme le Sénégal, le Ghana ou le Maroc au détriment de destinations plus reconnues telles que le Canada ou les Etat-unis, soulève des interrogations légitimes. Ce choix semble privilégier l’aspect financier au détriment de la qualité et de la reconnaissance des formations.

Selon le QS World University Rankings, le classement annuel des meilleures universités mondiales, la meilleure université mondiale est américaine. En 2025, dans le top 10 du classement, on retrouve cinq universités américaines. La première université africaine à figurer dans le classement est l’ Université du Cap en Afrique du Sud (University of Cape Town, UCT). Elle occupe la 171ème place.

Régulièrement classée parmi les meilleures universités du Sénégal et d’Afrique subsaharienne, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ne figure pas dans le top 1000 du classement fait par le QS World University Rankings. L’Université du Ghana (UG) est classée dans la fourchette 851–900 et l’Université Mohammed V de Rabat est classée dans la fourchette 1 201–1 400 au ranking mondial.

Dans cette perspective, pour de nombreux gabonais, encourager leurs enfants à poursuivre leurs études au Sénégal, au Ghana ou au Maroc reviendrait donc à opter pour une formation pas nécessairement parmi les meilleures au niveau mondial.

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