Caserne des pompiers de la Nomba : Béton doré, mais justice sociale oubliée ? 

Le Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema coupant le ruban inaugural de la caserne des Sapeur Pompier de la Nomba ©ComPrésidentielle

Libreville, le 24 Juillet 2025 – (Dépêches 241). La nouvelle cité rénovée des sapeurs-pompiers de Nomba présentée par Brice Clotaire Oligui Nguema comme un symbole de modernisation et de justice sociale, mérite d’être regardée au-delà de la surface brillante de son inauguration. Derrière une façade orchestrée de duplex modernisés, d’aires de jeux et de remises de médailles, se dessine une opération de communication politique soignée, qui peine à masquer les priorités discutables d’un pouvoir obsédé par l’image et le contrôle.

À la veille d’élections où Oligui Nguema s’est arrogé plus de 94% des voix, dans un contexte où la compétition réelle reste à démontrer, le président gabonais multiplie les gestes spectaculaires. L’inauguration de Nomba, avec son cortège de ministres, de responsables militaires alignés et d’élites en habits de circonstance, ressemble moins à une avancée structurelle qu’à une mise en scène destinée à affermir un pouvoir issu d’un coup d’État, désormais légitimé par une victoire écrasante savamment préparée.

Le contraste est criant : alors qu’Oligui Nguema promet la justice sociale, la plupart des hôpitaux, écoles et infrastructures de base du Gabon restent en souffrance, pénalisés par une économie fragilisée et une gouvernance verrouillée. L’enjeu, ici, n’est pas d’offrir à quelques dizaines de familles des logements neufs — c’est bien de répondre structurellement aux attentes d’une population lasse des coups d’éclat et des distributions ciblées à des corporations considérées, à raison, comme les piliers de sa propre sécurité.

L’opération de rénovation de Nomba, décidée au sommet, illustre parfaitement la verticalité du pouvoir d’Oligui Nguema, pour qui l’amélioration des conditions de vie et la fidélisation des corps armés sont indissociables. Dans un pays où la parole publique oscille entre promesses républicaines et confiscation autoritaire du débat démocratique, ce choix envoie surtout un signal : en République gabonaise de 2025, priorité va d’abord à ceux dont la loyauté au régime ne doit jamais vaciller.

Pendant que le chef de l’État coupe le ruban, remet des clés et agrège les superlatifs sur son engagement en faveur du développement, la réalité de la distribution des richesses et des opportunités demeure inchangée. Là où d’autres chantiers attendent budget, vision et transparence, on préfère multiplier les cérémonies de façade et les effets d’annonce. Comme cette inauguration d’un magasin Prix Import à Ntoum. 

Ce qui manque le plus à la politique d’Oligui Nguema, ce n’est pas le spectaculaire, mais la construction patiente d’un État équitable, soucieux des urgences du plus grand nombre plutôt qu’obsédé par la consolidation d’une légitimité arrachée dans le vacarme des armes.

Jusqu’à preuve du contraire, la nouvelle cité des sapeurs-pompiers de Nomba restera le miroir d’un pouvoir qui préfère convaincre par le béton et la parade que par la justice et la transformation profonde attendue par toute la société gabonaise. 

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