
Libreville, le 25 Juillet 2025 – (Dépêches 241). La tension monte d’un cran entre le ministère des Transports et les municipalités du Grand Libreville. Au cœur de cette crise administrative, une question de fond : qui contrôle réellement les activités liées au transport urbain au Gabon ?
Eugénie Maramba ne mâche pas ses mots. La présidente du syndicat des agents de la Direction générale des transports terrestres vient de lancer un appel direct au président Brice Clotaire Oligui Nguema pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’usurpation pure et simple. Selon elle, les mairies de Libreville, Akanda, Owendo et Ntoum outrepassent leurs prérogatives en s’immisçant dans la gestion des métiers connexes au transport.
Cette bataille administrative révèle les failles d’un système où les compétences se chevauchent dangereusement. D’un côté, le ministère des Transports brandit ses textes réglementaires, notamment la loi de 2018 sur l’orientation des transports terrestres. De l’autre, les collectivités locales arguent avoir inscrit ces activités dans la loi de finances 2025, une information que conteste vivement le syndicat.
La situation prend une tournure particulièrement tendue avec les accusations portées contre le délégué spécial de Libreville et son entourage. Maramba évoque des « manœuvres prédatrices » orchestrées depuis quarante ans et dénonce une « véritable paranoïa » de la part des responsables municipaux qui considéreraient leurs fonctions supérieures à celles d’un ministre d’État.
Plus troublant encore, la syndicaliste fait état de menaces et d’intimidations exercées par les agents municipaux sur les opérateurs économiques détenteurs d’agréments délivrés par la Direction générale des transports terrestres. Ces pratiques impliquent même les forces de l’ordre affectées aux brigades de police des hôtels de ville.
Au-delà des querelles de personnes, cette crise soulève des questions fondamentales sur l’organisation de l’État gabonais. Comment expliquer qu’une décision « non écrite et non officielle » du vice-président du gouvernement puisse suspendre un ministère de ses prérogatives ? Cette situation ne viole-t-elle pas le principe de solidarité gouvernementale inscrit dans les pratiques démocratiques ?
Le syndicat pointe également du doigt les violations de la loi organique sur la décentralisation de 2014, qui encadre pourtant strictement les transferts de compétences entre l’État central et les collectivités locales. Aucune procédure légale de transfert n’aurait été respectée, transformant cette prise de contrôle en coup de force administratif.
Face à cette escalade, la menace d’intervention de la gendarmerie nationale plane désormais sur le Grand Libreville. Le syndicat annonce des contrôles de conformité imminents sur l’ensemble des sites, avec le soutien des forces de sécurité. Une perspective qui fait craindre des affrontements entre agents municipaux et forces de l’ordre.
Cette crise révèle les défis de la nouvelle République gabonaise, établie par la Constitution de 2024, dans sa capacité à faire respecter l’État de droit. Entre ambitions décentralisatrices et préservation des prérogatives régaliennes, l’équilibre reste à trouver. Le président Oligui Nguema devra trancher rapidement pour éviter que cette guerre administrative ne dégénère en crise politique majeure. L’enjeu dépasse largement les questions de compétences : c’est la crédibilité même du nouvel ordre institutionnel gabonais qui se joue dans les gares routières de Libreville.







