Education, formation et Recherche: Zéro élève formé, mais mille milliards engloutis, la face cachée de l’investissement public

Les élèves, étudiants et chercheurs gabonais sont-ils des laissés pour compte de l’investissement publics du pays ?  © DR

Libreville, le 29 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Depuis plusieurs années, le Gabon affiche des budgets d’investissement public ambitieux : plus de 409,5 milliards de FCFA par an prévus en moyenne sur la période 2026-2028, selon le document de cadrage macroéconomique. Pourtant, cette enveloppe colossale semble largement détournée de ses objectifs fondamentaux, notamment celui de préparer l’avenir à travers l’éducation, la formation et la recherche. La Banque mondiale, dans son rapport sur la richesse nationale, indique pourtant que « le capital humain représente à peine 31% de la richesse nationale totale », un niveau bien inférieur aux standards internationaux pour un pays à revenu intermédiaire.

Ce paradoxe est d’autant plus troublant que les performances du Gabon dans les secteurs sociaux stagnent voire régressent. Les indicateurs clés d’éducation et de santé demeurent inférieurs à ceux des pays ayant un revenu similaire, note la Banque mondiale, qui pointe du doigt la faiblesse chronique des dépenses sociales : « des dépenses sociales limitées et des défis en matière d’efficacité et d’allocation freinent la progression du capital humain ». Autrement dit, le pays consomme son avenir. Il dépense, certes, mais pas là où il faudrait. Le document de cadrage lui-même le reconnaît à demi-mot, sans jamais désigner le cœur du problème.

Cette situation s’inscrit dans un mal plus profond. Les gouvernements peinent à hiérarchiser stratégiquement l’investissement public. La masse budgétaire existe, mais les choix ne sont pas faits. Aucun chiffre précis n’est avancé, dans les documents officiels, sur la part du budget d’investissement effectivement allouée à l’éducation technique, à la réforme des universités, à la formation professionnelle ou à la recherche appliquée. Pourtant, l’Étude Gabon 2050 est formelle : « L’émergence économique du Gabon ne peut se faire sans un capital humain de qualité, adapté aux enjeux du XXIe siècle ». Or, ni les politiques budgétaires, ni les priorités annuelles, ne traduisent cette ambition sur le terrain.

Pire encore, le taux d’exécution de ces investissements dits « productifs » reste dramatiquement faible. À fin mars 2025, seulement 4,6% des crédits d’investissement avaient été effectivement dépensés. Même quand les fonds sont prévus, ils ne sont pas décaissés, ou mal exécutés. Cette inertie administrative, doublée d’un déficit de vision, prive le pays d’un levier fondamental de croissance et d’innovation. Comment prétendre à une croissance à deux chiffres sans ingénieurs, sans chercheurs, sans techniciens qualifiés ?

Le Gabon est à la croisée des chemins. Il peut continuer à alimenter une machine budgétaire sans gouvernail, où des centaines de milliards disparaissent dans des projets mal ciblés ou jamais achevés. Ou bien il peut décider de faire de l’investissement humain une priorité absolue, en alignant ses discours, ses budgets et ses résultats. Dans le cas contraire, les générations futures hériteront non pas d’un pays émergent, mais d’un pays ruiné, sans savoir-faire. 

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