Gabon Digital ou Gabon Fantôme : quand la promesse d’un réseau devient un conte sans antenne

Brice Clotaire Oligui Nguema alors Président de la Transition.© DR

Libreville, le 31 juillet 2025-(Dépêches 241). En décembre 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema, alors Président de la Transition, jouait à Mabanda au chef d’orchestre d’un projet numérique prometteur : ériger un pylône miracle entre Nyali et Douano 1. Une baguette magique censée ouvrir les portes du XXIe siècle à ces villages « enclavés » et coupés du monde. Plus d’un an et demi après, il semblerait que le signal capté soit celui du silence radio : aucun pylône, aucune antenne, juste un mirage de connexion.

Car oui, le Gabon a lancé un grand « programme national de désenclavement numérique », estampillé « Gabon Digital », financé à hauteur de 44 milliards FCFA par la Banque mondiale, censé transformer le pays en « hub numérique de la région » et faire jaillir Internet comme on arrose une plante en plein désert. Le projet, ambitieux sur le papier, prévoit antennes-relais, téléphonie mobile, TNT, radio communautaire… Le rêve.

Mais voilà, à Nyali et Douano 1, le numérique fait du surplace. Les habitants continuent à parcourir montagne et vallons, non pas pour admirer la nature, mais pour essayer d’attraper un simple signal, ce luxe qui leur est aujourd’hui refusé. « Nous ne demandons pas un luxe », clame un sage chef de Douano 1, « juste pouvoir parler à nos proches sans expédition en pleine jungle ».

Ironie du sort, dans un pays qui veut jouer les champions de la modernité digitale, ces « zones blanches » persistent, soldats ignorés d’une transition numérique supposée inclusive. L’antenne-relais promise demeure une « tour invisible », un fantôme technologique rappelant combien les grandes annonces présidentielles peuvent parfois ressembler à des festivals de promesses non tenues.

En attendant, les villageois vivent l’exclusion numérique en direct, sans accès à l’essentiel : administration, éducation à distance, opportunités économiques, informations. L’échec tangible d’un programme censé rapprocher, mais qui éloigne encore un peu plus.

Espérons que ce « Gabon Digital » ne se transforme pas en « Gabon Fantôme », où les financements brillent par leur abondance et les réalisations par leur absence. Le numérique n’a pas vocation à rester un conte pour endormir les populations, mais bien un droit à réclamer, avec ou sans antenne.

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