
Libreville, le 1er août 2025 – (Dépêches 241). Le 30 juillet 2025, à Lomé, la ministre gabonaise de la Fonction publique, Marcelle Ibinga, a signé un accord avec l’Office Togolais des Recettes (OTR) pour la formation de 200 agents des régies financières gabonaises. Une décision qui aurait pu passer pour une simple coopération Sud-Sud si elle ne révélait pas, en réalité, une faillite de l’État gabonais à bâtir ses propres structures de formation, en dépit de ressources budgétaires bien supérieures à celles du Togo. Derrière le partenariat, c’est un modèle public essoufflé que l’on découvre.
En 2024, le Gabon a collecté plus de 1080 milliards de FCFA de recettes fiscales, presque autant que le Togo, qui affiche 1098 milliards de FCFA. Mais contrairement à son partenaire ouest-africain, le Gabon n’a jamais investi durablement dans une école nationale moderne de formation fiscale, encore moins dans une académie de finances publiques digne de ce nom. Résultat : le pays dépend désormais d’institutions extérieures pour apprendre à lever ses propres impôts.
Pendant que le Togo, avec un budget bien plus réduit et une masse salariale de seulement 350 milliards de FCFA, a réussi à créer en 2019 l’IFFD, un institut de formation fiscale et douanière déjà fréquenté par des cadres de toute l’Afrique de l’Ouest, le Gabon dépense plus de 825,3 milliards de FCFA par an pour sa masse salariale, mais sans produire les compétences clés pour administrer sa propre fiscalité. Cette gabegie budgétaire, dénoncée dans les documents de cadrage 2026-2028, ne s’accompagne d’aucune exigence de rendement, ni de stratégie nationale de renforcement du capital humain.
Dans sa Note économique de juin 2025, la Banque mondiale ne mâche pas ses mots : « L’efficacité de l’administration publique reste faible malgré des dépenses de personnel élevées, reflétant un manque de ciblage et de performance dans la gestion des ressources humaines ». La situation est d’autant plus paradoxale que le Gabon prétend mobiliser 10000 milliards de FCFA pour le PNCD d’ici 2030, avec l’objectif d’atteindre une croissance à deux chiffres. Mais comment espérer collecter, allouer et suivre des milliards d’investissements si l’on est incapable de former les agents censés contrôler, planifier et exécuter ces projets?
Cette dépendance externe traduit enfin une forme de renoncement : former au Togo est devenu plus fiable, plus rapide, mieux organisé que de tenter de ressusciter un appareil de formation publique moribond au Gabon. Il ne s’agit donc pas d’un partenariat technique, mais d’un transfert de souveraineté fonctionnelle. À force de ne pas croire en ses propres institutions, le Gabon finit par déléguer à d’autres la construction de son administration. Et avec elle, une partie de son avenir fiscal et budgétaire.







