
Libreville, le 9 août 2025 – (Dépêches 241). Dans la commune d’Owendo, la mairie et le 2 arrondissement sont une créature mystérieuse. Elle défie les lois du temps et des mandats, à tel point qu’on parle ici de « fossilisation institutionnelle », une sépulture administrative dont la gardienne tutélaire n’est autre que Jeanne Mbagou. D’aucuns chuchotent avec la ferveur de conspirateurs que les murs de la mairie portent désormais ses initiales, gravées comme sur un portail de vieille concession — une concession, au sens large comme au sens foncier. Propriétaire ? Non, pas dans le sens des titres sécurisés du cadastre, mais bien de l’esprit du lieu, capturé quatre mandats durant sous l’égide d’un PDG à l’autoritarisme inoxydable, made in Gabon.
Disons-le d’emblée : non, la mairie n’est pas devenue la propriété foncière de Jeanne Mbagou. Les archives officielles ne signalent aucune mutation notariale ou étonnante « cession à l’amiable » au profit de l’ancienne mairesse. Au contraire : dans l’affaire du site de l’ex-Sogadel – pourtant véhémentement évoquée dans la rumeur publique – la justice a bien tranché que le terrain appartient à la mairie, non à une quelconque magicienne urbaine prête à transformer parcelles en héritage familial. Hélas, Owendo a connu tant de procès d’intention que même les bornes kilométriques frémissent à l’approche d’un nouveau mandat.
La question de la propriété foncière, c’est finalement celle du bilan. Jeanne Mbagou, mairesse par la volonté du ciel… et du PDG, aura su administrer Owendo sans partage, cumulant plus de douze années de règne. Son histoire a eu des envolées lyriques d’assainissement des finances, des comptes « au vert », des employés enfin payés au-dessus du SMIG, et un budget quadruplé en l’espace d’une décennie. Assurément, la dette sociale a fondu comme neige au soleil, mais le soleil lui-même semblait, parfois, régler son orbite selon les instructions du Parti.
Sous ce magistère, la démocratie municipale ressemblait à un jeu d’enfants : la candidate unique du PDG, réélue à l’unanimité des conseillers soumis à la discipline du parti, ballet bien huilé où la dissidence fait figure de faute de goût. Le vote, à Owendo, c’était surtout le bruit doux des chaises musicales — mais les chaises, elles, ne changeaient pas de propriétaire.
Ce n’est qu’en octobre 2023 que la foudre de la Transition s’est abattue sur le caveau politique d’Owendo, délogeant l’éternelle mairesse au profit d’un général de division. « Fin du pouvoir personnel », souffle-t-on, mais nul doute, la silhouette de Jeanne Mbagou rôde tel un écho autour du 2e arrondissement de la Commune d’Owendo, avec sa candidature aux prochaines élections législatives, pour rappeler à tous que la commune est une cité patrimoniale où les mandats se vivent comme des dynasties.
Alors, la mairie, bien à Jeanne Mbagou ? À peine. Mais Owendo elle, l’aura possédée tout entière, jusqu’à l’asphyxie. Si la pierre d’angle n’a pas changé de main, le souvenir de son règne, lui, restera gravé dans le granit de l’histoire municipale – et peut-être, par un mauvais sort, sur le titre foncier moral d’une république où les maires semblent éternels… jusqu’à la prochaine révolution.







