CEAG : ce nouvel instrument étatique qui pourrait étouffer le marché et aggraver la vie chère

Le Conseil des Ministres du 12 aôut 2025 a adopté le projet d’ordonnance portant  création de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG), société d’économie  mixte détenue à 37 % par l’État et à 63 % par des opérateurs nationaux  du secteur de la distribution © Dépêches 241

Libreville, le 18 août 2025 – (Dépêches 241). La création de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG), société d’économie mixte à majorité privée mais sous tutelle de l’État, est présentée comme une solution pour réduire les coûts des produits essentiels et contrôler les prix. Dans les faits, ce mécanisme risque de centraliser le marché et de créer une dépendance quasi-exclusive à l’État pour l’approvisionnement, ce qui pourrait étouffer la concurrence et accentuer les tensions sur les prix. Au lieu de réduire la vie chère, la CEAG pourrait devenir un levier bureaucratique qui favorise certains acteurs au détriment d’autres, avec des effets pervers sur les consommateurs.

L’autonomie de gestion annoncée contraste avec la tutelle technique du ministère de l’Économie et des Finances. Cette dualité soulève des inquiétudes étant entendu que les décisions stratégiques risquent d’être ralenties par la bureaucratie ou orientées par des logiques politiques plutôt qu’économiques. L’expérience d’autres structures étatiques montre que la centralisation des achats peut créer des goulots d’étranglement logistiques, retarder la livraison des produits et générer des hausses de coûts non anticipées, notamment sur les denrées alimentaires et les matériaux de construction.

En outre, le choix d’acheter, stocker et distribuer via une entité unique pourrait pénaliser les petits commerçants et producteurs locaux. Ces derniers pourraient voir leurs marges réduites ou être exclus des circuits officiels, renforçant ainsi une dépendance aux décisions centralisées. La CEAG risque donc de transformer le marché gabonais en un système hiérarchisé, où les prix sont artificiellement contrôlés mais où la diversité et la compétitivité sont sacrifiées.

La promesse de négociations directes avec les pays exportateurs pour réduire les coûts reste hypothétique. Les fluctuations des marchés internationaux et la lenteur administrative peuvent neutraliser ces gains potentiels. Par ailleurs, l’existence de volumes mutualisés ne garantit pas une réduction effective du prix pour le consommateur final, car des marges de gestion et des frais logistiques supplémentaires peuvent absorber ces économies.

Derrière l’argument de souveraineté alimentaire se cache donc un risque de bureaucratisation massive et d’intervention excessive de l’État dans un marché qui fonctionne déjà. Plutôt que de stimuler l’innovation et la concurrence, la CEAG pourrait figer les circuits d’approvisionnement et créer un nouvel instrument de contrôle économique, au risque d’alimenter la frustration des Gabonais face à la vie chère. La question cruciale reste de savoir si cette initiative sera réellement bénéfique ou si elle ne deviendra qu’un nouveau canal de dépenses publiques sans efficacité tangible. 

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