Gabon : Aminata Ondo, candidate indépendante aux législatives mais dans une liste de l’UDB aux locales

L’actrice de la société civile proche du pouvoir en parfaite violation de la loi avec ses candidatures aux multiples casquettes © Dépêches 241

Libreville, le 22 août 2025-(Dépêches 241). Depuis la publication des listes officielles des candidatures aux législatives et locales de septembre prochain, l’opinion publique gabonaise est abasourdie par une accumulation d’incohérences et d’irrégularités flagrantes. L’exemple le plus marquant est celui d’Aminata Ondo, validée comme candidate indépendante aux législatives, dans le 6e arrondissement tout en apparaissant simultanément sur la liste de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) à la 15e place pour les locales. Une contradiction et une violation de loi qui illustrent à quel point le processus électoral est miné par le mépris des règles et par l’incompétence des instances chargées de son encadrement.

La Commission nationale d’organisation et de contrôle des élections et du référendum (CNOCER), censée garantir la régularité du scrutin, semble au contraire s’enliser dans des pratiques troublantes. Alors que la nouvelle loi électorale définit clairement les conditions d’éligibilité, la commission a validé des candidatures manifestement contraires au droit, foulant aux pieds le cadre juridique qu’elle était censée protéger. Cette légèreté alimente les soupçons d’une volonté de verrouiller le processus au profit d’un cercle restreint de bénéficiaires acquis au pouvoir. 

Le cas d’Aminata Ondo est révélateur. Sous le nom de « Ndjomba Epse Ondo A », elle figure comme candidate indépendante aux législatives dans le 6e arrondissement 2e siege. Mais parallèlement, elle est inscrite en quinzième position sur la liste UDB pour les locales du même arrondissement. En jouant sur la variation d’identité, la CNOCER semble avoir tenté de brouiller les pistes. Cette manipulation grossière trahit moins une erreur administrative qu’un choix politique délibéré de maintenir certaines figures coûte que coûte dans le jeu électoral.

Aminata Ondo, 15e dans la liste des locales du parti présidentiel UDB © Capture d’écran Site UDB

Un tel cafouillage confirme ce que de nombreux observateurs redoutaient : loin d’incarner la rupture annoncée après le coup d’État du 30 août 2023, le nouveau système reproduit, voire aggrave, les travers de l’ancien régime. La loi, jadis brandie comme un instrument de moralisation, est désormais reléguée au rang de décor inutile. Les responsables politiques et administratifs s’en exemptent à loisir, tout en l’imposant avec rigueur au reste de la population. L’arbitraire est devenu la règle, sous couvert d’un discours de réforme.

Comment la CNOCER a-t-elle cautionné une telle incurie, une telle imposture ? Comment se fait-il qu’une indépendant supposée, dont n’appartenant en principe à aucune écurie politique, puisse être candidate dans une liste constituée par un parti politique ? Les règles ont-elles été changées uniquement pour Aminata Ondo ? A ces interrogations, une réponse de la Commission Nationale d’Organisation et de Contrôle des Élections et du Référendum (CNOCER) est vivement attendue. 

La membre de la société civile, inscrite en qualité d’indépendante au 6e arrondissement © L’union

Cette situation met également Aminata Ondo face à une contradiction morale. Celle qui se présentait comme défenseuse de la légalité et de la justice sociale devra expliquer à ses partisans pourquoi son nom est mêlé à une manœuvre si douteuse. En se prêtant, volontairement ou non, à ce double jeu, elle se fragilise politiquement et perd en crédibilité. Ses adversaires n’auront aucun mal à exploiter cette incohérence pour démontrer que son engagement n’était qu’un slogan opportuniste, vide de sens et sans aucune consistance morale et éthique. 

Dans ces conditions, la responsabilité ultime de ce désordre incombe au Président de la République, Chef de l’État, garant des institutions. S’il ne s’attaque pas à ces pratiques de duplicité et de confusion, il cautionnera de facto la dérive de la CNOCER et portera seul les conséquences d’une perte totale de confiance dans le processus électoral. Le peuple gabonais, qui croyait à une rupture après la chute du régime Bongo, découvrira alors qu’il n’a été victime que d’une illusion supplémentaire. 

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