
Libreville, le 6 septembre 2025-(dépêches 241). Dans moins d’un mois, le Gabon organise les élections législatives et locales, prévues le 27 septembre prochain. Contre toute attente, le président du Parti Démocratique Gabonais (PDG), Blaise Louembé, a introduit auprès de la Cour constitutionnelle un désistement d’instance aux fins d’annulation des recours que son parti avait préalablement déposés contre certains candidats de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), parti présidentiel, qui n’avaient pas légalement quitté l’ancien parti de masse. Une entorse particulièrement grave au jeu démocratique, à la nouvelle loi contre les Partis politiques qui traduit et acte définitivement les arrangements abjectes depuis la prise du pouvoir entre le régime d’Oligui Nguema et l’ancien Parti dominant.
Alors que l’opinion publique soupçonnait déjà une connivence entre le PDG, supposément déchu du pouvoir par les militaires le 30 août 2023, et les nouvelles autorités, en raison notamment de nominations et promotions accordées à certains de ses cadres , le désistement introduit par Blaise Louembé vient, s’il en était encore besoin, sceller ce doute largement répandu. Désormais, ce n’est plus un simple présupposé : l’ex-parti au pouvoir confirme par ce retrait l’entente tacite qui l’unit au parti présidentiel, dans la perspective d’une conservation conjointe du pouvoir.
Ce pacte, s’il existe, n’est pas seulement l’illustration d’un mépris criant des nouvelles autorités à l’endroit du peuple gabonais, il constitue une preuve suffisamment éloquente pour être qualifiée de haute trahison. Car, à travers cette annulation, ce n’est pas seulement le champ politique qui se trouve déséquilibré, ce sont les espoirs des populations qui s’effondrent. Autrement dit, toutes les promesses de changement et de développement du pays qui se voit ainsi démantelées et piétinées sur l’autel des arrangements égoïstes et pernicieux.
Cette situation semble confirmer, regrettablement, la thèse évoquée aux aurores du coup de force militaire : celui-ci n’aurait été qu’une mise en scène, un scénario méthodiquement monté de toutes pièces entre les tenants du pouvoir d’alors et leurs successeurs. Et quoi que puissent avancer les dirigeants de l’UDB et du PDG, qui n’ont jamais manqué de justifier l’injustifiable, plus rien ne saurait désormais infirmer ce constat particulièrement patent: le peuple a été enfumé, trompé et trahi par ceux qui supposés devait le libérer en allant faire alliance avec ceux qui hier, étaient leurs bourreaux.
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Et pourtant, certains clairvoyants l’avaient annoncé dès le départ, mais le peuple, passionné et avide de liberté après des décennies de confiscation des libertés, s’est laissé séduire par la symbolique au lieu d’interroger la sincérité des auteurs du coup de force. Aujourd’hui, le pays semble de nouveau pris en otage, comme si un cycle de malédictions se répétait indéfiniment sur le dos du peuple gabonais.
L’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), qui avait suscité un regain d’espérance en un avenir meilleur, vient de révéler son véritable visage : celui d’un parti traître, offrant au peuple un nouveau mirage, un grossier mensonge. Mais pour une population avertie, ce comportement félon ne devrait surprendre personne. De la même manière qu’il est impossible de démontrer scientifiquement que deux jumeaux issus de la même mère ne partagent pas une origine commune, quand bien même l’un serait né avec un léger retard et séparé de l’autre à la naissance, il est illusoire de croire que l’UDB et le PDG seraient fondamentalement différents.
Dès lors, il devient vain de se demander si l’UDB pourra faire mieux que le PDG. La réponse serait évidemment négative, au regard de ses actions problématiques. Et encore plus, quand on sait que les deux partis portent les germes d’une même filiation, celle d’Omar Bongo Ondimba. Ainsi, leur connivence ne serait pas une simple coïncidence mais une correspondance génétique, à l’image de deux pièces d’un même puzzle qui s’emboîtent parfaitement.
Cette réalité est, certes, une déception pour ceux qui croyaient encore aux promesses de changement du nouveau régime, mais elle était prévisible. Car, elle confirme une fois de plus, les propos d’Alain-Claude Bilie-By-Nze qui, répondant à une intervention de l’actuel ministre de la Justice, Davin Akouré, affirmait avec lucidité : « Le PDG n’a pas l’intention de passer le relais (…) le relais se passe entre coéquipiers ». Pour le cas d’espèce, le coéquipier ici c’est l’UDB.







