
Libreville, le 9 septembre 2025 – (Dépêches 241). Le projet de loi de finances 2026 propulse le Gabon dans une nouvelle dimension budgétaire. Arrêté à 7233,3 milliards de FCFA, il dépasse de très loin les niveaux atteints lors des exercices précédents avec 4493,4 milliards en 2024 et 4204,9 milliards en 2025. Cette progression fulgurante est présentée comme la traduction concrète du projet présidentiel « Bâtissons l’Édifice Nouveau », et repose sur la méthode du budget base zéro, censée garantir discipline et efficacité dans l’allocation des ressources.
Le gouvernement met en avant un effort d’investissement sans précédent, chiffré à plus de 3321,5 milliards, destiné à moderniser les infrastructures, améliorer l’accès à l’eau et à l’électricité, et renforcer le capital humain. L’exécutif table sur une croissance économique de 7,9% en 2026, largement tirée par le secteur hors pétrole et la mise en œuvre de projets structurants. De quoi nourrir l’ambition d’un Gabon plus souverain et mieux préparé aux défis de l’avenir.
Mais un tel budget interroge sur sa faisabilité réelle. L’expérience récente montre que les investissements publics peinent à être exécutés dans les délais et volumes prévus : en 2024, seulement 60,9% des crédits d’investissement avaient été consommés. La crédibilité du chiffre record dépendra donc de la capacité de l’administration à absorber efficacement des montants aussi massifs, sans tomber dans les travers d’une gestion bureaucratique lourde ou clientéliste.
À cet égard, il est légitime de se demander si cette ambition budgétaire ne risque pas de se transformer en mirage. Gageons que ce montant ne soit pas considéré comme un simple « ballon d’essai », à l’image des 63 milliards décaissés pour chaque province durant la transition et qui, faute d’audit minutieux, n’ont jamais permis d’évaluer l’impact réel sur les territoires. Ce précédent invite à la vigilance et à la transparence, pour éviter que le budget record ne se dilue dans des promesses sans effets concrets.
Le défi est donc de transformer cette explosion budgétaire en leviers tangibles de développement, et non en simples chiffres sur le papier. Pour réussir, le Gabon devra conjuguer rigueur, contrôle indépendant et volonté politique ferme, faute de quoi ce budget historique pourrait être perçu comme une opération de communication davantage qu’une réelle rupture avec le passé. D’ailleurs l’opacité autour des marchés d’infrastructures durant la transition estampillés CTRI invitent encore plus à la prudence.








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