
Libreville, le 8 octobre 2025-(Dépêches 241). Les élections législatives et locales du 27 septembre dernier ont sévèrement été critiquées par de nombreux acteurs politiques et ceux de la société civile. En cause, les trop fortes irrégularités constatées n’ont pas laissé insensibles toutes les personnes soucieuses de voir s’établir au Gabon une véritable culture de la démocratie, de l’État de droit et de la transparence électorale. Seulement, parmi les figures importantes de la contestation de la fraude électorale sous le règne d’Ali Bongo Ondimba, deux, et non des moindres, semblent désormais s’accommoder de ce qu’elles dénonçaient vigoureusement hier: Alexandre Barro Chambrier du Rassemblement Pour la Modernité (RPM) et Paulette Missambo de l’Union Nationale (UN). Murés dans un silence intrigant depuis le chaos électoral du 27 septembre dernier, leur posture jette clairement des doutes sur la sincérité de leurs engagements d’hier pour l’avènement d’une démocratie véritable.
S’il est des acteurs politiques, sous le règne d’Ali Bongo Ondimba, qui ont longtemps incarné la droiture, la fermeté et l’honnêteté politiques, Alexandre Barro Chambrier et Paulette Missambo en font assurément partie. Chacun de son côté, avec ses moyens, a contribué à affaiblir le pouvoir du fils d’Omar Bongo Ondimba, en dénonçant sa gouvernance et les fraudes électorales à répétition orchestrées sous son magistère. Des postures qui ont valu à ces deux acteurs politiques la sympathie du peuple gabonais, bien que ceux-ci aient fait partie du système avilissant Bongo-PDG, sous feu Omar Bongo.
Aujourd’hui, au voisinage du détenteur exclusif du pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema, celui qu’on appelle affectueusement ABC et Paulette Missambo semblent avoir perdu de leur verve d’antan: toutes les dérives managériales intolérables sous Ali Bongo Ondimba sont aujourd’hui excusables, les fraudes électorales massives d’hier dénoncées par le biais d’interminables conférences de presse sont désormais acceptées et passées sous silence sous cette Cinquième République naissante.
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Comme les prisonniers de la Caverne Platonicienne qui, extirpés de leur grotte et au contact de la lumière de l’extérieur, en étaient arrivés à être frappés d’éblouissement au point de ne plus rien voir, Paulette Missambo et Barro Chambrier, semblent désormais eux aussi frappés de cécité face aux dérives du pouvoir d’Oligui Nguema, au point de ne plus percevoir le chaos électoral qui s’est donné à observer sur l’ensemble du territoire le 27 septembre dernier.
Une posture qui donne à penser dans l’opinion aujourd’hui que ces acteurs politiques, au verbe acéré hier contre le régime d’Ali Bongo Ondimba, avaient manifestement d’autres desseins que celui de l’avènement d’un État de droit authentique où la démocratie et la transparence électorale en seront des piliers inviolables.
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Cette mutation silencieuse de l’indignation à l’indulgence trahit une réalité glaçante : pour certains, la lutte pour la démocratie n’aura été qu’un levier stratégique, une rhétorique commode tant qu’ils étaient tenus à l’écart du pouvoir. Une fois la porte entrouverte, les principes s’effacent, les convictions s’érodent, et le silence devient complicité. L’histoire retiendra peut-être que la rupture promise n’était qu’un simple changement de décor, où les anciens dénonciateurs des dérives d’hier se sont contentés de s’asseoir à la table du pouvoir, quitte à fermer les yeux sur ce qu’ils juraient, hier encore, de ne jamais accepter.







