Affaire primes des Panthères: Veut-on réduire Oligui Nguema, Président de la République, à un rôle d’arbitrage dans les montants fixés aux joueurs et au staff ?

Le Président de la République, Chef de l’Etat a-t-il tranché dans l’affaire des primes visant à ponctionner certains membres du staff ?

Libreville, le 21 octobre 2025 – (Dépêches 241). L’affaire des primes de qualification des Panthères du Gabon version football à la prochaine CAN prend décidément les atours d’une saga. Après la tentative de boycott de l’entraînement des joueurs à Franceville, le paiement qui a suivi derrière, la contestation des montants par certains membres du staff, voilà que le site d’information AFC SPORTS.COM révèle que « le montant des primes versées aux Panthères du Gabon est à la discrétion du Chef de l’État (…) le Président tranche et demande aux financiers de payer. Aucun détournement n’est possible », a-t-il relayé, suivant une source supposée du Ministère des Sports. 

La redistribution de la prime de qualification des Panthères du Gabon à la Coupe d’Afrique des Nations de football 2025 continue de dévoiler son lot de mystères. Restée quasiment un an sans être payée, cette récompense est aujourd’hui source de plusieurs discordes. En cause, des informations qui semblent se contredire les unes à la suite des autres, laissant planer un sérieux doute sur les arguments avancés pour justifier les ponctions opérées sur les montants de plusieurs membres du staff technique de l’équipe nationale.

Dans une publication faite sur sa page Facebook officielle, le média AFC Sports, dans une volonté manifeste de voler aux secours de Paul Kessany, Chef du département Sport à la Présidence de République, cité comme personnage central de cette affaire, a clairement impliqué le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema comme initiateur des arbitrages ayant donné lieu aux ponctions sur les montants de certains membres du staff des Panthères du Gabon. « Le montant des primes versées aux Panthères du Gabon est à la discrétion du Chef de l’État. C’est écrit dans un arrêté. Le staff et les joueurs proposent un montant, le Président tranche à la fin et demande aux financiers de payer. Aucun détournement n’est possible », a rappelé le confrère, précisant qu’il tenait cette information du Ministère des Sports.

Des zones d’ombres et des doutes persistants…

Cependant, d’après le Manager de l’équipe nationale Dieudonné Londo, le montant des primes a été arrêté par le Président de la République lui-même. C’est le même montant qui a été réparti selon les catégories par le staff avant d’être transmis au Ministre des Sports, puis aux plus hautes autorités. Les fonds ont donc été décaissés en considération du montant promis par le Chef de l’Etat et validé consensuellement par le staff technique. Dès lors, comment se fait-il qu’un montant décaissé exclusivement et en totalité pour le paiement des primes dont la répartition a été communiquée avec transparence, fasse l’objet des ponctions sans information préalable du staff ? 

Le Chef de l’Etat a toujours montré son attachement aux Panthères du Gabon mais peut-il aller jusqu’à arbitrer le paiement d’une prime qu’il a lui même fixé ?

Si arbitrage il y a eu, pourquoi le Conseiller Paul Kessany ne s’est-il pas présenté avec un document en bonne et due forme émanant du Palais, réaménagé et présentant les nouveaux montants ? Pourquoi a-t-il modifié ces montants de manière brouillonne, séance tenante, « au stylo », et à la vas vite, comme l’a confirmé Dieudonné Londo ce jour lors du point de presse qu’il a tenu au siège de la Fédération Gabonaise de Football ?  

À bien y regarder, cette façon de procéder tranche ostensiblement avec le sérieux et la rigueur administrative qui doivent entourer tout acte ou décision émanant de l’influence du Président de la République. En réalité, cette méthode s’apparente davantage à une stratégie de diversion, dans laquelle le nom du Chef de l’État est convoqué de manière sournoise, presque perfide, dans l’intention à peine voilée de conférer une légitimité d’apparat à une opération qui suscite aujourd’hui désaveux, incompréhensions, mécontentements et volonté d’éclaircissement.

Une tentative pernicieuse d’inviter le Chef de l’État dans l’arène de la répartition des primes dûes aux sportifs ? 

Tout se passe comme si, pour étayer cette manœuvre, aux justifications pour le moins troubles, l’autorité suprême du Chef de l’État avait été invoquée, voire instrumentalisée avec une légèreté teintée de vice. Il y a dans cette manière de procéder une volonté manifeste de dissimuler les responsabilités effectives derrière l’aura de la fonction présidentielle, comme si l’on cherchait à faire passer, dans un jeu de prestidigitation administrative, le Président lui-même pour l’instigateur de cette curieuse opération de réduction des primes.

Le chef de l’Etat chez les Panthères à la veille d’un match de la sélection fanion

Il convient de rappeler ici , avec gravité , que la fonction de Chef de l’État est sacrée. Le Président de la République détient les plus hautes prérogatives dans la hiérarchie de l’État. Que sa fonction soit utilisée, même implicitement, pour couvrir ou justifier une affaire financière controversée dans un domaine qui relève normalement des compétences ministérielles, constitue non seulement une faute politique, mais une manœuvre pernicieuse et séditieuse.

Une décision présidentielle sans aucune traçabilité administrative ? 

Une telle entreprise dénote d’une tentative à peine dissimulée de déplacer le fardeau de la responsabilité vers le sommet de l’État, en travestissant les rôles et les attributions de chacun. C’est une forme de manipulation grossière, dont la finalité semble être d’éteindre le feu d’une affaire qui éclabousse aujourd’hui ceux qui, au sein de l’appareil sportif et administratif, devraient en répondre. Le Conseiller Spécial Paul Kessany, à qui l’on prête un rôle pivot dans la gestion de ce dossier, n’a d’ailleurs produit aucun document officiel émanant du Palais présidentiel pour appuyer les nouvelles répartitions opérées. Aucune note dûment signée ne vient corroborer l’origine des ponctions effectuées. 

Des nageurs aux dos nus veulent-il saper la volonté d’Oligui Nguema à ne pas perturber la quiétude des Panthères toujours en lice pour une qualification historique à la CDM ?

Selon Dieudonné Londo, Manager Général des Panthères, les montants ont été « modifiés à la main », de manière brouillonne, séance tenante, à l’aide d’un simple stylo. Une légèreté troublante, pour une décision que l’on prétend venue du Chef de l’État lui-même. Faut-il le rappeler, l’administration, dans sa tradition républicaine, est écrite et laisse trace. Comment est-il possible qu’une décision émanant supposément du sommet de l’Etat ne soit pas administrativement traçable ? Le Chef de l’État, dont l’agenda est saturé d’enjeux majeurs, peut-il vraiment se permettre de descendre dans l’arène des répartitions des primes sportives ? Ces questions en bon droit, se posent avec acuité et responsabilité. 

L’opinion est donc fondée à voir, dans cette affaire une tentative de diversion, voire d’étouffement sous le couvert de l’autorité présidentielle, d’une gestion controversée qui gêne visiblement aux entournures ceux qui pourraient être  les véritables artisans de cette affaire  et de leur propension un tantinet opportuniste à se draper dans la toge présidentielle pour couvrir leurs propres errements.

 Il devient plus qu’ urgent que la lumière soit faite sur cette affaire, que les responsabilités soient clairement établies. Il est tout aussi impérieusement nécessaire que  la figure présidentielle, garant de l’intérêt supérieur de la Nation, ne soit plus citée et ou son autorité mise en avant, dans des affaires où excepté avoir pris l’engagement républicain de payer la prime, elle n’a, en vérité, ni place ni rôle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*