USTM: Carrousel présidentiel, galère estudiantine ? 

La situation des étudiants de l’USTM contraste avec certaines priorités au sommet de l’Etat

Libreville, le 29 Octobre 2025 – (Dépêches 241). En cette année académique 2025-2026, alors que les étudiants de l’Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM) dorment à douze par chambre, serrés « comme des sardines » selon leurs propres mots, et que leur mouvement de grève illimitée bat son plein depuis le 14 octobre, une question brûlante se pose : sur quel manège tourne donc le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, officiellement investi en mai 2025 ?

Tandis que les campus étouffent sous la surpopulation, une mise en scène savamment orchestrée se déroule sur la place publique. Le regard est attiré par l’inauguration il y a quelques semaines d’un manège flambant neuf, symbole d’une ère nouvelle qui, telle une musique de carrousel, tourne en rond sans jamais avancer. Cette habile diversion offre au peuple du pain et des jeux, pendant que l’avenir du Gabon s’entasse dans des chambres misérables.

Pendant ce temps, à Franceville, le bâtiment M de l’USTM est le théâtre d’une autre performance, bien plus tragique : une surdensité critique où l’on entasse jusqu’à douze étudiants dans un espace conçu pour quatre. Le restaurant universitaire est fermé, les bourses ne sont pas payées et le site d’inscription est hors service. Les étudiants, ces « sardines » de la République, ont commencé une grève illimitée, lançant un appel désespéré à ce président qu’ils espèrent encore pouvoir entendre.

Il serait injuste de dire que le pouvoir n’a rien fait. Une enveloppe de 13 milliards de francs CFA avait bien été affectée à la réfection des universités au début de la Transition. Mais deux ans plus tard, le miracle s’est évaporé. Aucune amélioration n’est visible sur le terrain. L’argent, tel un billet de manège, a semble-t-il fait un tour puis est reparti dans les coffres de l’État, laissant les étudiants face à leurs murs décrépis.

Ce chef-d’œuvre d’immobilisme pose une question philosophique : à quoi sert de financer l’éducation si ce n’est pour voir des résultats ? La réponse semble se trouver dans un manuel de prestidigitation politique : l’important n’est pas l’action, mais l’annonce. L’important n’est pas de loger dignement la jeunesse, mais de faire tourner le carrousel des promesses assez vite pour que personne ne voie la misère qui l’entoure.

Comment, dans de telles conditions, former les ingénieurs et les cadres de demain ? L’USTM, symbole d’excellence scientifique, est devenue une école de la survie. La pédagogie y a été innovante : les étudiants apprennent la géométrie dans l’espace en calculant comment faire tenir douze corps dans vingt mètres carrés, l’économie en gérant l’absence de bourse, et la science politique en analysant l’efficacité d’une grève illimitée.

Cette formation intensive forge le caractère. L’énergie de la jeunesse, qui devrait se consacrer à l’étude, se consume en frustrations et en désillusions. Elle se prépare ainsi aux réalités du pays : la patience, la résignation, et l’art de se débrouiller dans un système qui vous ignore. Puisque l’absurde est érigé en système de gouvernance, permettez une suggestion. Et si l’on installait un manège dans la cour du bâtiment M ? Il résoudrait plusieurs problèmes à la fois : les étudiants y trouveraient un sommeil agité mais moins confiné, et le président aurait sur place, sans devoir se déplacer, un objet à inaugurer chaque fois que la pression médiatique deviendrait trop forte. Ce serait la parfaite synthèse de la politique gabonaise : une solution inutile, coûteuse, et spectaculairement déconnectée des vrais besoins.

Alors, que les carrousels présidentiels continuent de tourner. Ils tournent peut-être assez vite pour que, d’ici quelques révolutions, on finisse par apercevoir, dans un bref éclair, l’ombre d’une solution pour la jeunesse gabonaise. En attendant, à l’USTM, on ne dort toujours pas. On compte les moutons, et on est bien trop nombreux pour les compter.   

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