
Libreville, le 6 novembre 2025 – (Dépêches 241). La désillusion, la félonie, les manipulations politiques et judiciaires semblent avoir eu raison de l’espoir candide qui habitait le peuple gabonais au moment du coup d’État du 30 août 2023. Et pour cause : les mots d’Ali Bongo Ondimba, ex-président de la République, sur le caractère ersatz du régime qui l’a renversé, tendent aujourd’hui à se réaliser. Depuis le coup de force militaire, tout semble aller de travers : promesses non tenues, justice aux ordres, communication populiste et autoritarisme rampant. À cette allure, le pire serait effectivement à craindre.
Soyons clairs : ni le régime d’Ali Bongo, ni l’homme qu’il fut pour le Gabon ne sauraient être cités en exemple. Pendant quatorze longues années, lui et ses séides ont dépecé le pays de la manière la plus abjecte. Le peuple a connu une gestion approximative des ressources, une dévalorisation des compétences nationales, une captation des secteurs productifs par des intérêts étrangers, et une impunité quasi institutionnalisée. À cela s’ajoutaient la répression systématique de toute voix discordante et l’absence totale de vision politique. Bref, le régime Bongo fut une faillite morale, économique, sociale et politique.
Puis vint le coup d’État du 30 août 2023, perçu comme un souffle d’espoir. Un moment d’effervescence, de joie, voire de libération. Le peuple, exténué, croyait enfin s’être débarrassé du système Bongo-Valentin et des dérives qui l’accompagnaient. Mais très vite, la réalité est venue doucher cet enthousiasme. Le système, profondément enraciné dans l’administration, l’armée et la justice, s’est reconstitué sous d’autres visages. Comme un copier-coller d’un modèle malfaisant, les nouvelles autorités ont commencé à reproduire les mêmes dérives qu’elles disaient combattre : promesses creuses, communication trompeuse, mépris des populations, centralisation du pouvoir, violation de la loi et instrumentalisation de la justice.
Les hommes d’action proclamés sont devenus des politiciens verbeux. Le discours du renouveau a laissé place à la langue de bois. Les élans d’audace se sont mués en calculs politiciens, et le peuple, une fois encore, se retrouve trahi et meurtri dans son être. Le désenchantement grandit, la confiance s’effrite, et les cris de colère se multiplient. Les autorités répondent, comme dans l’ancien régime, par les intimidations ou le silence. La liberté de ton, jadis prônée par les militaires au lendemain du putsch, n’est plus qu’un souvenir.
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Pendant ce temps, Ali Bongo et sa famille, depuis leur exil ou leur retraite après avoir été libérés en secret dans la pénombre d’un secret d’Etat , esquissent sans doute un sourire narquois. Comme pour dire : « Je vous l’avais dit ». En effet, lors d’une interview accordée à Jeune Afrique pendant sa résidence surveillée, l’ancien président avait ironisé : « Les Bongo sont responsables de tous les malheurs du Gabon ? Très bien. Nous verrons si mes successeurs feront mieux. » Ces paroles, prononcées sur le ton de la provocation, résonnent aujourd’hui comme une prophétie, une parole de vérité. Car la situation du pays demeure inchangée : chômage endémique, pauvreté persistante, justice partiale, corruption rampante et promesses politiques sans lendemain.
Si les mots d’Ali Bongo prennent aujourd’hui la forme d’un avertissement prémonitoire, la question se pose : que deviendra le Gabon lorsque le septennat du régime actuel sera véritablement entamé ? Le nouveau pouvoir de Libreville entend-il réellement rompre avec les dérives du passé, ou se contentera-t-il de les perpétuer sous un autre vernis ? Les signes actuels ne laissent guère de place à l’optimisme. Si certains continuent de croire en un sursaut patriotique des nouvelles autorités, d’autres y voient déjà la confirmation que, sous d’autres uniformes, le système Bongo n’a jamais cessé de régner, et le pire reste envisageable.
Le Gabon semble inexorablement pris dans le piège de ses propres illusions, condamné à revivre les mêmes cycles d’espoir et de désillusion. Les promesses de rupture s’effacent devant la réalité des intérêts, et le pouvoir, quel qu’en soit le visage, paraît incapable de se réinventer. Si Ali Bongo avait annoncé que ses successeurs feraient pire que lui, les faits, pour l’heure, semblent lui donnent tragiquement raison.







