Gabon : Oligui Nguema, de l’affirmation « le pays a l’argent » au prélèvement des taxes qui vont asphyxier les plus pauvres

Alors qu’il avait parlé de septennat d’avenir sans problème d’argent, Oligui Nguema initie des taxes qui vont faire mal aux plus démunis

Libreville, le 11 novembre 2025-(Dépêches). La problématique liée aux nouvelles taxes, qui devraient entrer en vigueur dès janvier 2026, suscite une vive inquiétude au sein de la population gabonaise. D’autant plus que le président de la République, chef de l’État, chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, affirmait lors de sa prise de pouvoir que « le pays a l’argent ». Suffisamment d’argent pour ne pas par exemple couper la bourse des étudiants et autres. Dès lors, une question s’impose : si le Gabon dispose réellement de ressources abondantes, pourquoi imposer autant de taxes, au risque d’étouffer les plus modestes ?

Au lendemain de la chute du régime Bongo-PDG, Oligui Nguema avait laissé entendre que les difficultés économiques du pays étaient dues non pas à un manque d’argent, mais à la mauvaise gouvernance, à la corruption et aux détournements massifs de fonds publics. Il promettait alors une gestion rigoureuse et une meilleure redistribution des richesses. Deux  ans plus tard, le discours a radicalement changé : les caisses, qu’il disait pleines, semblent désormais vides. Le chef de l’État multiplie les voyages à l’étranger pour séduire les investisseurs et présenter le Gabon comme une « terre d’opportunités ». Mais sur le terrain, les signes d’un essoufflement budgétaire sont manifestes.

Le pays ne crée pas suffisamment de richesses, en raison de handicaps structurels persistants : faible industrialisation, transformation insuffisante des matières premières, dépendance aux importations, corruption endémique et absence de véritables politiques économiques incitatives. Malgré ce constat, le gouvernement prévoit un budget 2026 démesuré, estimé à plus 7000 milliards de francs CFA. Soit environ le double de celui de 2025. Or, les ressources internes du pays ne couvrent même pas la moitié de ses dépenses. Déjà lourdement endetté, le Gabon a dépassé le seuil d’endettement autorisé par la CEMAC. Pour combler le déficit, les autorités ont donc choisi la voie la plus simple, mais la plus douloureuse pour le peuple : l’augmentation généralisée des taxes.

À partir de janvier 2026, la fiscalité frappera presque tous les secteurs et produits: l’alcool, les boissons sucrées, les cigarettes, mais aussi l’eau, l’électricité et les communications. La TVA devrait grimper à 10 %, les factures de la SEEG de 9 %, les communications de 5 %. Les boissons sucrées seront taxées à 10 %, les bières importées à 25 %, les bières locales à 22 %, les vins et cigarettes à 32 %, tandis que le champagne atteindra un record de 2 250 F CFA par litre. Certaines de ces hausses se cachent derrière le plan « Gabon Santé 2030 », censé réduire la consommation de certains produits nuisibles à la santé. 

Or, si les taxes sur les cigarettes, l’alcool et tous les autres produits nocifs peuvent être acceptées, l’opportunité de taxer les produits essentiels au quotidien questionne.  particulièrement les taxes liées à  l’eau et à l’électricité,  dans un pays où la constitution les consacre en droit pour chaque citoyen gabonais, ce, malgré la qualité de service exécrable de la SEEG. Cependant, dans un pays où la Constitution reconnaît l’eau et l’électricité comme des droits fondamentaux, ces mesures apparaissent comme une aberration sociale.

Et pourtant, ce budget 2026, ne rassure ni les  institutions financières ni les agences de notation internationales. Il s’apparente ni plus ni moins à  une bombe sociale à retardement. Derrière la façade de rigueur budgétaire et de relance économique, se cache une réalité plus sombre: ce sont les Gabonais les plus modestes qui paieront la facture. L’ambition affichée de « restaurer la dignité du peuple » semble désormais n’être qu’un slogan spécieux voué à manipuler les masses. Apparemment, le pouvoir tenterait de construire son développement sur le dos d’une population déjà éprouvée par des décennies d’injustice économique, sociale et des promesses non tenues des régimes précédents. 

Ainsi, le régime militaire  qui promettait la rupture se mue peu à peu en continuité aggravée. Oligui Nguema, qui semblait se prévaloir d’avoir hérité d’un pays aux caisses suffisamment pleines, impose aujourd’hui une cure d’austérité au peuple. À défaut d’assainir la gestion publique, le gouvernement choisit d’appauvrir davantage les citoyens.

Ce virage fiscal brutal risque non seulement d’étouffer les plus fragiles, mais aussi de briser le peu de confiance que les Gabonais plaçaient encore dans la Ve République. Le « pays qui a l’argent » et « le septennat d’avenir » où il n’était pas question qu’on cherche des fonds semble désormais n’en avoir que pour ceux qui le gouvernent. Encore une autre promesse de Gascon. Encore une autre méprise. 

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