
Libreville, le 21 Novembre 2025 – (Dépêches 241). Il fut un temps où Paulette Missambo se présentait comme l’incarnation de la « rupture ». Rupture avec le PDG. Rupture avec les méthodes d’Ali Bongo. Rupture avec les silences complices. À l’entendre, elle devait être la conscience morale d’un Gabon meurtri, la sentinelle de la République, le phare dans la brume. Ironie de l’histoire, la voilà aujourd’hui gardienne en chef d’un silence devenu assourdissant.
Ancienne ministre sous Omar Bongo, longtemps membre d’un système qu’elle prétendra plus tard combattre, Paulette Missambo a habilement recyclé son parcours politique sous les habits de l’opposante vertueuse. Entre 2009 et 2023, elle dénonçait l’arbitraire, appelait à l’État de droit, réclamait l’indépendance de la justice, et jurait que la gouvernance gabonaise devait être purifiée de ses vieux démons.
Puis vint la Transition. Et avec elle, le confort. Nommée Présidente du Sénat de Transition après le coup d’État de 2023, elle avait alors trouvé les mots justes, les grandes phrases, les envolées républicaines. Elle réclamait haut et fort une Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Elle s’inquiétait du « révisionnisme » , du « négationnisme », des blessures mal refermées du passé. Elle parlait de « restaurer les institutions, de garantir les libertés, d’organiser des élections transparentes »
Un discours lumineux. Presque historique. Mais, comme souvent au Gabon, la lumière n’a pas survécu à la proximité du pouvoir. La fameuse Commission Vérité, Justice et Réconciliation n’a jamais vu le jour. Le Parlement, dont elle dirigeait l’une des chambres, n’a mené aucune enquête d’ampleur. Aucun grand chantier institutionnel n’a véritablement vu le jour. Les promesses se sont évaporées avec la même discrétion que les dénonciations d’hier.
Mieux, les pratiques que Paulette Missambo devait combattre semblent avoir trouvé refuge dans la nouvelle ère, sans que cela ne provoque chez elle la moindre indignation publique. La justice, loin de se relever, paraît s’enfoncer. Les affaires à forte résonance politique, comme celles de Bongo-Valentin ou d’Hervé Patrick Opiangah, ont suscité beaucoup de questions dans l’opinion, et très peu de réactions du côté du perchoir.
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Quant aux dernières élections législatives et locales, entachées selon de nombreux observateurs par des soupçons de fraudes massives, elles auraient autrefois provoqué chez l’opposante Missambo des discours et des dénonciations enflammés. Aujourd’hui, la sénatrice observe. Se tait. Approuve par son mutisme car désormais au voisinage de l’éclaircie.
Le silence de cathédrale a remplacé la voix de la contestation. Ainsi se vérifie, avec une cruauté presque poétique, cette phrase prêtée à Omar Bongo : « Au Gabon, il n’y a pas d’opposants, il n’y a que des mécontents ». Paulette Missambo n’a peut-être jamais combattu un système. Elle a combattu un homme : Ali Bongo Ondimba. Le système, lui, a survécu. Et la voilà, ancienne PDGiste, parfaitement à l’aise dans ses vieux habits d’hier, simplement retaillés aux couleurs du nouveau régime.
Le mutisme de Paulette Missambo n’est pas une simple posture, il est devenu une méthode. Une stratégie de survie politique où l’indignation est soigneusement rangée au vestiaire dès que les ors de la République se font plus brillants. La combattante d’hier s’est muée en gestionnaire du confort institutionnel, préférant la stabilité du fauteuil à l’inconfort de la vérité. Gouverner par le silence est devenu son nouvel art politique.
Plus inquiétant encore, cette métamorphose banalise ce qu’elle feignait autrefois de combattre. En se taisant, elle ne se contente pas de s’adapter, elle participe à la normalisation des dérives. Là où l’on attendait une vigie, on trouve une complice passive. Là où l’on espérait une rupture, on assiste à une continuité maquillée, approuvée par le langage le plus efficace du pouvoir gabonais : le renoncement.
La « rupture » promise par Missambo aura bien eu lieu. Mais c’était surtout une rupture avec ses propres serments, ses propres promesses et ses propres engagements. Et une nouvelle fois, une énième fois, c’est le Peuple Gabonais qui a été trompé par l’avidité, les calculs et l’opportunisme politique infamant d’une personnalité qui a longtemps incarné l’espoir d’un renouveau moral et politique au Gabon.







