
Libreville, le 23 novembre 2025 – (Dépêches 241) La reprise du National-Foot est désormais fixée au 24 janvier 2026, pour s’achever au mois de mai pour la 2ème division et au mois de juin pour la 1ère. C’est l’unique certitude sortie de la rencontre entre le bureau de la Ligue Nationale de Football Professionnel (LINAFP) et les présidents de clubs de première et deuxième division. Pour le reste, le flou demeure, tant les mêmes choix, les mêmes blocages et les mêmes incohérences semblent se répéter d’une saison à l’autre. L’annonce de la reconduction du championnat en deux poules, présentée la saison dernière comme une mesure d’urgence liée au contexte post-coup d’État du 30 août 2023, illustre à elle seule la difficulté du football gabonais à sortir de la logique de bricolage permanent.
Ce maintien d’un format provisoire devenu habituel ces dernières années traduit la profondeur de la crise dans laquelle s’enfonce le football local. Chaque saison débute sous tension, sans visibilité, avec un cumul de retards, de conflits internes et d’impréparations chroniques. Conséquence : la qualité du National-Foot s’effondre. Sur le papier, il s’agit d’un championnat professionnel ; dans la réalité, le niveau de jeu, l’organisation et la gestion s’apparentent davantage à un système amateur. Même le président de la LINAFP, Brice Mbika Ndjambou, l’a reconnu sans détour, regrettant devant la presse la déconnexion totale entre les ambitions affichées et les conditions réelles d’exercice.
Pour Mbika Ndjambou, « il y a une inadéquation entre le statut professionnel d’un club et l’environnement dans lequel il évolue ». Autrement dit, le discours sur le professionnalisme ne tient sur rien de concret. Les clubs, incapables de répondre aux standards minimaux exigés par la LINAFP, ne remplissent ni les critères structurels, ni les obligations juridiques qui devraient encadrer un championnat professionnel digne de ce nom. Les textes censés régir la compétition restent, selon lui, de simples intentions jamais mises en œuvre, des « vœux pieux » dont personne ne s’occupe réellement.
La situation contractuelle des joueurs en club en est la preuve éclatante. En effet, très peu de clubs offrent à leurs footballeurs des contrats formalisés, pourtant indispensables pour garantir droits, salaires, couverture sociale et stabilité professionnelle. Une condition essentielle du professionnalisme, mais largement ignorée. Le Président de l’association des clubs, Landry Nkeyi, le souligne d’ailleurs : « tant qu’un joueur n’est pas lié à son club par un contrat en bonne et due forme, le joueur demeure libre », et parler de championnat professionnel relève de l’illusion. Dans de nombreuses équipes, c’est encore le système du « joueur débrouillard » qui domine, à mille lieues des standards internationaux.
À ces failles structurelles s’ajoutent les problèmes financiers récurrents. De nombreux clubs sont dans l’incapacité de payer leurs joueurs, parfois pendant plusieurs mois. Or, selon les règlements de la LINAFP, un club incapable de verser le salaires de ses joueurs pendant deux mois, ne peut être considéré comme professionnel. Dans les faits, cette situation est devenue quasi normale. Le manque de liquidités est un problème majeur dans la situation du football national. Il touche également le Ministère des Sports, principal pourvoyeur de fonds, qui peine à débloquer les fonds nécessaires au démarrage de la saison. Une fragilité institutionnelle qui alimente encore davantage les retards et l’improvisation.
En l’absence de solution pérenne, la date du 24 janvier 2026 est présentée comme un compromis minimal, un point de départ sans garantie sur la suite. Les supporters pourront espérer retourner dans les stades, mais dans quelles conditions et pour quel niveau de compétition ? Si rien n’est fait, les talents nationaux continueront d’évoluer dans un cadre incertain, sans véritable perspective de progression ni d’exposition. Le football gabonais reste prisonnier d’un système incapable de se réformer, faute de volonté politique, de moyens et de vision.
La reprise annoncée du National-Foot masque mal la réalité : le football gabonais survit plus qu’il ne se développe. Tant que les clubs ne seront pas structurés, tant que les joueurs ne seront pas protégés, tant que les financements resteront erratiques, le professionnalisme restera un slogan vide. Le championnat peut bien reprendre à n’importe quelle date ; sans réforme profonde, il continuera de tourner en rond.







