Affaire maillot GABOMA: Le « Made in Gabon » face à ses propres fossoyeurs

Equipementier GABOMA, le maillot de la honte ou le miroir de nos propres renoncements ? ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 26 novembre 2025 – (Dépêches 241). Au-delà de la simple controverse sportive, l’affaire GABOMA révèle un malaise plus profond. La difficulté du Gabon à assumer ses propres choix, à soutenir ses initiatives locales et à rompre avec la dépendance symbolique envers les marques étrangères. Cette polémique, souvent nourrie par des amalgames dangereux et des procès d’intention infondés, interroge frontalement la capacité collective des Gabonais à défendre une vision authentiquement souveraine. 

Au lieu de soutenir ce qui aurait pu constituer un acte fort de souveraineté économique, certains acteurs ont choisi d’instrumentaliser cette affaire à des fins bassement personnelles. GABOMA est une marque nationale, conçue, proposée et portée par des compatriotes, et dont l’ambition a été clairement validée par le Président de la République, séduit par la perspective de promouvoir de manière concrète le label « Made in Gabon ». Elle s’inscrit dans une dynamique de reconquête symbolique et économique, visant à redonner confiance aux talents locaux et à substituer progressivement la dépendance aux marques étrangères par la valorisation des capacités nationales.

Il est donc malsain, irresponsable et intellectuellement malhonnête de parler de « maillots contrefaits » à propos de GABOMA. Ce vocabulaire, lourd de sens juridique et moral, jette un discrédit injustifié sur une démarche patriotique et entretient une confusion toxique dans l’opinion. La contrefaçon suppose l’intention frauduleuse de tromper et de copier clandestinement. Or, il n’en est rien dans le cas de GABOMA. Assimiler cette initiative à une entreprise de fraude relève d’une manipulation délibérée ou d’une ignorance coupable.

Le seul bémol, reconnu avec transparence par toutes les parties, résidait dans la ressemblance du logo initial avec celui de la marque Airness, ainsi que dans l’évocation graphique des trois griffes pouvant, de manière non intentionnelle, rappeler l’univers visuel d’Adidas. Ces observations, formulées par la CAF, relevaient d’une démarche classique de conformité et de prévention de confusion visuelle. Elles ont été adressées au Gabon non pas comme une condamnation, mais comme une invitation légitime à ajuster et à proposer une version modifiée du design.

Au-delà de ces considérations techniques, la polémique enfle parce qu’elle semble instrumentalisée. Derrière les prétendus débats juridiques et esthétiques, derrière les indignations de façade et les sorties intempestives et faussement républicaines se dissimule une réalité plus dérangeante : une tendance persistante au mépris de soi. Dans un pays qui tente de retrouver sa souveraineté économique et symbolique, voir des compatriotes s’acharner à ridiculiser une initiative locale relève moins de la critique constructive que d’un réflexe d’auto-dévalorisation profondément enraciné.

Plutôt que d’accompagner un processus perfectible, certains acteurs ont choisi d’en faire un champ de bataille personnel. Une question d’équipement de la sélection nationale s’est muée en théâtre d’affrontements entre clans, miné par des querelles anciennes, des rivalités de bas étages, des jalousies à peine voilées et des ambitions individuelles qui ont supplanté l’intérêt supérieur de la Nation. Ce qui aurait pu être un débat structurant sur la stratégie industrielle et identitaire du Gabon s’est transformé en foire aux vanités.

Il est au demeurant essentiel de rétablir une vérité fondamentale. La mise en demeure de la CAF ne porte nullement sur la légitimité de la marque GABOMA. Elle concerne exclusivement les engagements contractuels antérieurs liant l’État gabonais à son ancien équipementier, Puma. La controverse actuelle ne repose donc pas sur un rejet de GABOMA par les instances internationales, mais sur les conséquences juridiques d’accords passés. De la même manière, la tentative d’introduire la marque Umbro, défendue par certains cercles discrets, a été fermement écartée par les plus hautes autorités de l’État, précisément au nom de la valorisation de la production nationale.

GABOMA n’était pas qu’un label. Elle aurait pu être un symbole. Elle représentait une volonté politique, une ambition collective, une tentative de rupture avec une dépendance psychologique longtemps entretenue à l’égard des griffes étrangères érigées, à tort, comme seuls critères de crédibilité et de qualité. Elle incarnait l’idée que le Gabon peut concevoir, produire, désigner et assumer ses propres choix.

Le véritable scandale n’est pas que le Gabon ose. Le véritable drame est qu’il se trouve encore, en son sein, des forces prêtes à saboter toute velléité d’émancipation pour préserver des intérêts anciens, des privilèges feutrés, des fidélités extérieures non sans profiter pour régler des comptes vils et séditieux. Une Nation ne se construit pas dans la dérision de soi. Elle se bâtit dans la cohérence, la constance et l’audace. GABOMA n’était pas une provocation. GABOMA était une promesse. Encore faut-il que les Gabonais cessent d’en être les premiers fossoyeurs. 

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