
Libreville, le 4 décembre 2025-(Dépêches 241). Le porte-parolat de la présidence de la République est-il un simple encenseur de la parole présidentielle ou un organe chargé d’éclairer l’opinion avec sincérité et responsabilité sur la vision politique, économique et sociale du chef de l’État ? La question ici se pose en bon droit , au regard de la récente sortie du porte-parole de la présidence, Théophane Nzame Biyoghe. Plutôt que de jouer son rôle d’informateur et de clarificateur, il s’est livré à un exercice de louange irrationnelle, rappelant la période où les porte-parole n’avaient pour seule vocation que de glorifier Ali Bongo. Cette fois, il s’est empressé de défendre les propos controversés d’Oligui Nguema, qui a qualifié l’absence des Bongo-Valentin à leur procès de « fuite » face au président français Emmanuel Macron. Une attitude lassante pour une population qui espérait voir disparaître ces pratiques décriées.
Dans une Ve République propulsée comme un idéal de rupture, un gage de changement de méthode et une fin des réflexes politiques les plus déshonorants, l’opinion assiste pourtant à une mise en scène digne d’un remake rappelant les grands jours du règne d’Ali Bongo et ses thuriféraires du PDG. Zèle partisan assumé, nuances sémantiques, absence de hauteur politique : tout y est. Le porte-parolat sert désormais une musique que les citoyens croyaient définitivement censurée.
Lors d’une conférence de presse, qu’il a donné au lendemain de la visite de Macron au Gabon, interrogé sur la version de la fuite servie aux populations par Oligui Nguema, loin d’offrir une lecture mesurée, Théophane Nzame Biyoghe a opté pour une adhésion spectaculaire, assumant devant la presse qu’il « applaudirait des mains et des pieds » les déclarations du Chef de l’État. Une formule qui, au-delà de son effet scénique, a laissé l’opinion perplexe. Le rôle du porte-parole n’est-il pas d’apporter nuances et explications, plutôt que d’ajouter de l’emphase à des propos déjà sensibles ?
À travers cette prise de position, Sieur Nzame Biyoghe apparaît moins comme un porte-parole respectueux d’une éthique de sincérité et d’explication, que comme un simple laudateur voué à enjoliver les maladresses du chef de l’État. Dans une République moderne et sérieuse, le Porte-Parole n’a pas vocation à transformer la communication institutionnelle en un numéro d’adhésion inconditionnel. Il consiste surtout à expliquer, clarifier, et parfois recadrer pour préserver la cohérence, la crédibilité et la hauteur de la parole présidentielle. En épousant sans filtre les formulations controversées du chef de l’État, le porte-parole de la Présidence a donné l’impression de sacrifier l’exigence d’analyse au profit d’une loyauté sans discernement.
Car oui, l’enjeu ici dépasse la simple communication. Il touche à l’image du pays et à la crédibilité de ses institutions. Dans un contexte où la Ve République gabonaise se veut exigeante en matière de rigueur, de responsabilité et de maturité politique, la communication publique doit s’inscrire dans une logique d’équilibre. Défendre le président est légitime, soit, mais, le faire sans mesure expose inutilement la présidence, par ricochet, le Chef de l’Etat et partant la nation.
L’opinion s’attendait donc à ce que le porte-parole soit la première pierre de cette modernisation. Un porte-parole responsable et sincère capable de protéger la parole présidentielle sans la transformer en proclamation inflexible, un conseiller assumant la délicate mission de dire ce qu’il faut dire, même quand cela implique de proposer au chef de l’État un adoucissement ou une reformulation. Baser un argumentaire sur un abus de langage pour enjoliver la dérive langagière du chef aurait suffi. En amplifiant des formules qui méritaient d’être expliquées plutôt que célébrées, Théophane Nzame Biyoghe a renforcé la polémique au lieu de la contenir.
Le Gabon, dans cette Ve République, n’a nullement besoin d’un narrateur exalté, mais d’un modérateur éclairé. Le pays a besoin d’une voix capable de dire avec diplomatie : « Voici ce que le président a voulu exprimer », plutôt que « Voici pourquoi tout est parfait ». Car un porte-parole qui justifie systématiquement chaque mot sans jamais contextualiser finit par fragiliser la parole qu’il prétend défendre en légitimant le procès en communication institutionnelle fait de « Kounabélisme » grégaire et crépusculaire.
En agissant ainsi, Theophane Nzame Biyoghe a exposé certaines insuffisances. Elle a mis en lumière une communication prisonnière de ses automatismes d’antan, réduisant son rôle pourtant crucial, à un concours de soutien mécanique de la parole du chef. Un rôle qui n’est pas loin de l’épisode ou Jessy Ella Ekogha, alors porte-parole d’Ali Bongo Ondimba, avait justifié la difformité de la signature de ce dernier, tout juste frappé d’un, par le fait d’avoir signé trop de documents.
Heureusement pour le Gabon et pour Théophane Nzame Biyoghe, il est encore possible de rectifier la trajectoire. Le jeune porte-parole de la Présidence de la République a les compétences et la position pour donner une nouvelle dynamique à cette fonction essentielle. En rappelant que le rôle n’est pas de magnifier chaque formule du Chef de l’Etat mais de la rendre intelligible, en acceptant que la communication n’est pas une tribune d’adhésion aveugle mais un espace d’équilibre, en comprenant enfin qu’on peut servir le chef de l’État sans s’avilir et sans lui servir systématiquement de caisse de résonance.
La rupture tant vantée n’est pas qu’un slogan. Elle doit se traduire dans la manière de communiquer, d’expliquer et d’assumer. Si le porte-parole parvient à endosser pleinement cette mission, il contribuera non seulement à renforcer la parole présidentielle, mais aussi à restaurer la confiance d’un peuple qui ne demande qu’à croire dans une gestion publique responsable.
À défaut, la Ve République risque d’apparaître comme une simple variation stylistique sur des pratiques anciennes, où l’éloquence supplante l’exigence, où l’applaudissement remplace l’analyse, où la loyauté, même dans la décadence, prime sur la compétence, et où la communication se réduit à psalmodier le chef. Sans cela, la rupture tant promise restera un songe destiné à distraire les crédules, englouti sous les applaudissements inutiles de ceux qui préfèrent servir un homme plutôt que la République. Le Gabon mérite bien ça, une communication qui sert la République avant de servir les effets de scène.







