
Libreville, le 5 décembre 2025-(Dépêches 241) Longtemps considéré comme un rouage discret mais suffisamment influent au sein des cercles de pouvoir gabonais, Yann Koubdje a finalement été poussé vers la sortie. Son nom, abondamment cité lors du procès dit des « Bongo-Valentin », a fini par embarrasser l’exécutif, déjà secoué par une série de révélations, de promesses et d’engagements non tenus qui fragilisent la ligne officielle de rigueur et de moralisation de la gestion publique.
Alors que le nouveau régime semblait indifférent face à tous les scandales visant plusieurs personnalités au cœur du pouvoir depuis le coup de force des militaires du 30 août 2023, celui lié au procès de Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin aura été le scandale de trop, au cours duquel le nom du gestionnaire personnel des comptes bancaires de la famille Bongo Valentin, Yann Koubdje, est revenu à chaque témoignage.
Le procès Bongo-Valentin, déclencheur d’une disgrâce inévitable
Ce dernier semble avoir joué un rôle prépondérant en amont comme en aval, notamment sur des circuits opaques de décisions et d’interventions officieuses qui auraient permis une fuite inédite et une circulation mafieuse de capitaux à l’avantage du régime déchu. Dans ces conditions, son maintien au sein de la présidence de la République devenait intenable. Le palais aurait ainsi jugé inopportun son maintien au cœur de la machine gouvernementale, considérant qu’il exposait inutilement le président et l’ensemble de l’équipe gouvernementale.
L’éviction de Koubdje intervient alors que le pouvoir tente, tant bien que mal, de resserrer les rangs et de montrer un visage de fermeté. Quoique épisodique, ce départ forcé laisse transparaître une autre réalité : celle d’un système où les réseaux parallèles, les influences personnelles et les « intermédiaires véreux » continuent d’interférer avec le fonctionnement normal des institutions. Toute proportion gardée, ce limogeage n’a point pour vocation de véritablement implémenter le processus de moralisation de la vie publique, mais bien plus de donner une impression de transparence, visant à faire taire les critiques et, à n’en point douter, à continuer à manipuler l’opinion déjà désillusionnée.
Une éviction pour sauver les apparences plus que pour moraliser ?
Cela dit, c’est avec le temps que l’on saura si cette mise à l’écart procède d’un véritable tournant vers la rigueur, devenue un slogan vain, ou, hélas, si c’est un énième geste de communication destiné à calmer l’opinion. Car tant que les zones d’ombre révélées lors du procès Bongo-Valentin ne seront pas entièrement éclaircies, chaque éviction risque de n’être perçue que comme une tentative de contenir un incendie qui couve toujours, et qui, au demeurant, semble se métastaser au sein des populations, qui se sentent plus que jamais trahies par un président volontairement déconnecté de leur réalité quotidienne, qui avait pourtant suscité de l’espoir.
Ainsi, l’éviction de Koubdje semble révéler moins la volonté du pouvoir d’entamer une véritable démarche de rupture que les fractures d’un système politique qui peine à s’assainir en profondeur. L’exécutif peut écarter des acteurs devenus momentanément encombrants, mais tant qu’il ne s’attaque pas aux mécanismes qui permettent ces dérives, les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Après l’éviction, la justice pour Yann Koubdje ?
Cette mise à l’écart de Yann Koubdje, au fond, n’est qu’un symptôme de plus d’un malaise institutionnel persistant. Car, faut-il le rappeler, le procès des Bongo-Valentin and Cie, quoique qualifié de mascarade par plusieurs observateurs, à raison ou pas, a révélé les noms de plusieurs dignitaires ayant participé à cette précarisation de l’État, mais qui, paradoxalement, ne semblent pas inquiétés.
Gageons que Koubdje ne soit que le premier à être frappé parmi la longue liste des présumés criminels financiers qui ont juré de faire de la paupérisation des Gabonais leur seul objectif. Mieux, cette éviction et cette volonté de moralisation de la vie publique, pour être pleinement crédible, devrait logiquement s’accompagner d’une présentation devant la justice. Car désormais, pour légitimer cette éviction, beaucoup attendent que Yann Koubdje soit convoqué afin de lever le voile sur les accusations et insinuations qui circulent autour de sa personne.







