Gabon: Sans préavis ni sommation, plusieurs familles déguerpies  aux abords du Camp de Police 

La désolation des habitants du Camp de Police après la destruction de leurs logements © DR

Libreville, le 15 décembre 2025 – (Dépêches 241). Il y a quelques jours, le réveil a été douloureux pour les nombreuses familles vivant à quelques encablures du camp de police de Libreville. En cause, comme à Plaine-Orety et derrière l’Assemblée Nationale, les bulldozers de la Cinquième République ont investi matinalement les lieux, avec pour seule mission de démolir toutes les habitations érigées aux alentours. Une nouvelle vague de déguerpissements inhumains qui vient s’ajouter à ceux de derrière les ambassades de Chine, du Liban, de Russie ainsi que du carrefour SNI à Owendo. 

Depuis plusieurs mois, une réalité crue et insoutenable se déroule sous les yeux des Gabonais: la destruction de leurs maisons d’habitation bâties à la sueur et au sacrifice. De nombreuses familles vivent une véritable catastrophe. Pas celle qui résulte des contingences naturelles inévitables, mais celle qui est orchestrée, planifiée et exécutée avec une froideur inhumaine par les nouvelles autorités du pays.

Cette matinée du dimanche, les Gabonais ont découvert une nouvelle fois les images difficiles des déguerpissements sans préavis dans la zone du camp de police de Libreville, entendu les cris des sinistrés et senti la terre trembler sous le choc des bulldozers de la Cinquième République. L’État a de nouveau détruit de manière brutale plusieurs lotissements appartenant à ses concitoyens. Toute chose qui ne constitue pas qu’un simple dommage matériel, mais pourrait désormais être considérée comme une agression contre la dignité humaine des Gabonais.

Une démarche visant à rayer l’histoire, la mémoire et l’identité de plusieurs familles entières ?

Oui, car une maison n’est pas qu’un empilement de briques, de bois ou de tôles. La maison est avant tout le premier sanctuaire. C’est le lieu où l’enfant fait ses premiers pas, où les familles se construisent dans l’intimité et la sécurité, où les aînés transmettent leur histoire. C’est le refuge contre le monde, le seul endroit où l’on est censé se sentir en sécurité, en paix, et aujourd’hui, en Cinquième République Gabonaise, ce sanctuaire est constamment violé, écrasé, réduit en poussière.

Des murs qui tombent, ce n’est pas seulement du ciment brisé ; c’est un pan du passé de nombreuses familles qui s’effondre. Un toit arraché, ce n’est pas seulement une charpente démolie, c’est la sécurité de tout un avenir qui est mise à nu face à l’incertitude. Ce sont les populations démunies, les plus vulnérables, ceux qui ont investi toutes leurs économies, toute leur sueur et toutes leurs espérances dans ce modeste coin de terre qui se trouvent désormais sans repères.

Tous ces Gabonais sauvagement déguerpis sont des êtres humains jetés à la rue du jour au lendemain, leurs biens enfouis sous des monceaux de décombres. Ce sont des enfants traumatisés, des personnes âgées déboussolées, des pères et mères désespérés qui se demandent où ils dormiront le soir et comment ils protégeront leur famille de la faim et du froid. C’est une crise humanitaire que les nouveaux dirigeants sont en train de créer.

L’appel à la conscience, à l’indignation et au respect de la dignité des Gabonais 

Devant cette série de destructions qui secoue le pays depuis plusieurs mois, il n’est plus juste de rester silencieux, car le silence face à cette situation pourrait s’apparenter à de la complicité et l’indifférence comme une forme de lâcheté. Un appel est donc lancé aux autorités, aux décideurs, et à tous ceux qui ont encore le pouvoir d’arrêter cette violence, car il n’y a aucune politique, aucune planification urbaine, aucune justification économique qui puisse légitimer l’écrasement de vies humaines de cette manière. 

Il est surtout temps de rendre justice aux familles spoliées et traumatisées, de mettre fin à ces méthodes barbares d’expulsion, de privilégier le dialogue et la recherche de solutions humaines, équitables et durables, mais surtout de reconnaître et protéger le droit au logement, qui demeure un droit fondamental inscrit dans la Constitution et non un privilège. 

Il est utile de rappeler que la dignité d’une nation se mesure à la manière dont elle traite ses citoyens les plus fragiles. En détruisant ainsi les maisons de tous ces compatriotes, les gouvernants ne détruisent pas seulement des murs, ils détruisent surtout le lien de confiance et de solidarité qui pouvait encore exister entre l’État et ses populations.

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