
Libreville, le 17 décembre 2025 – (Dépêches 241). La disparition du professeur d’histoire-géographie, Alexandre Nguéma Bibang, survenue brutalement en pleine séance de cours au Lycée Paul Indjendjet Gondjout, le 1er décembre dernier, a profondément bouleversé la communauté éducative et ému l’opinion publique. Mais au-delà de l’émotion légitime, elle met aujourd’hui à nu une autre réalité, plus sordide encore : celle d’une administration soupçonnée d’indifférence, voire de prédation, face à la détresse d’une famille endeuillée. Alors que les circonstances exactes du décès restent floues, une question centrale s’impose désormais : les fonds destinés à l’organisation de ses obsèques auraient-ils été détournés par Arnaud Loic Ngomo Mouketou, le DCRH du ministère de l’Éducation nationale ?
Selon plusieurs sources proches du dossier, le ministre par intérim de l’Éducation nationale et de l’instruction civique Simplice Désirée Mamboula aurait pourtant donné des instructions claires pour une prise en charge totale des obsèques de l’enseignant, décédé en service et donc sous la responsabilité morale et administrative de l’État. Ces instructions auraient été transmises au Directeur central des ressources humaines (DCRH), chargé de leur mise en œuvre, le dénommé Arnaud Loic Ngomo Mouketou. En théorie, la procédure est simple, balisée, connue de tous. En pratique, elle semble s’être mystérieusement évaporée.
Car sur le terrain, la réalité est brutale : la famille Nguéma Bibang est livrée à elle-même. Malgré des démarches répétées, des allers-retours administratifs épuisants et des sollicitations formelles, aucune réponse concrète, aucun soutien financier, aucun signe tangible d’accompagnement n’a été apporté. Le silence observé par les services compétents n’est pas seulement choquant ; il est révélateur d’un dysfonctionnement grave, voire d’un mépris institutionnel assumé.
Plus troublant encore, une source particulièrement bien renseignée affirme qu’une enveloppe de deux millions de FCFA aurait bel et bien été décaissée par la Direction centrale des affaires financières (DCAF) du ministère de l’Éducation nationale et de l’Instruction civique. Cette somme aurait été remise au DCRH, avec pour mission explicite de la transmettre à la famille afin de couvrir les frais liés aux obsèques de l’enseignant disparu. Or, à ce jour, cet argent n’a jamais atteint ses destinataires. Les fonds se seraient tout simplement volatilisés.
Face à cette situation, le comportement du DCRH interroge lourdement. Au lieu de fournir des explications claires et documentées, l’intéressé ferait traîner les choses, jouerait avec le temps, baladerait la famille de bureau en bureau. Une attitude indigne, surtout lorsque l’on parle d’un agent de l’État décédé dans l’exercice de ses fonctions. Si les faits se confirment, il ne s’agirait plus d’une simple négligence administrative, mais bien d’un acte assimilable à une confiscation volontairement frauduleuse de fonds publics.
Cette affaire hautement scandaleuse, indécente et indigeste dépasse largement le cas individuel du professeur Nguéma Bibang. Il met en lumière une administration centrale gangrenée par des pratiques d’un autre temps où certains responsables d’administration semblent se croire au-dessus de toute morale, de toute règle et de toute humanité. Même la mort, qui constitue un cas de force majeure, ne serait plus capable de les arrêter. Même le respect dû aux disparus ne serait plus un frein. Faire main basse sur des fonds destinés à des obsèques serait alors l’ultime symptôme d’une dérive parfaitement enracinée dans la haute administration.
Et pourtant, c’est l’image du ministre par intérim qui se retrouve injustement éclaboussée. Accusé d’inhumanité et de mépris envers l’enseignant disparu, il paie politiquement le silence et l’opacité de ses services. Or, si les informations disponibles s’avéraient exactes, la responsabilité première incomberait au DCRH qui aurait sciemment décidé de se servir. Un acte d’insubordination manifestement volontaire qui laisse le ministre exposé à la vindicte populaire et la famille éplorée dans un sentiment d’abandon total.
Si les faits dénoncés venaient à être établis, ils constitueraient autrement un scandale d’État à part entière. D’autant qu’il ne s’agirait plus seulement d’un manquement administratif, mais d’un acte moralement abject, visant à mépriser et à cracher sur la mémoire d’un enseignant qui a loyalement servi l’État toute sa vie. Dans ces conditions, le ministère de l’Éducation nationale n’a plus le luxe du silence. Il revient au ministre par intérim de trancher, de faire toute la lumière sur cette affaire et, le cas échéant, de sanctionner sans ménagement. À défaut, cette histoire restera le symbole d’un État incapable d’honorer ses morts et d’une administration où certains se servent pendant que les familles pleurent.







