
Libreville, le 1er janvier 2026 – (Dépêches 241). Derrière la dissolution des Panthères et la mise à l’écart de ceux qui ont porté la sélection nationale, se cache une logique dangereuse : gouverner par l’émotion plutôt que par la raison. Une stratégie qui expose moins les joueurs que l’incapacité de l’État à penser et structurer durablement le sport et le football gabonais.
Il y a des décisions qui relèvent de la vision, et d’autres qui relèvent de la gesticulation. La dissolution des Panthères, la mise à l’écart de Pierre-Emerick Aubameyang et de Bruno Ecuele Manga, ainsi que la suspension du staff technique, appartiennent sans ambiguïté à la seconde catégorie. Une décision spectaculaire, certes, mais profondément incohérente. Une décision qui flatte l’émotion populaire sans jamais s’attaquer aux causes réelles du malaise.
Car enfin, comment expliquer que deux joueurs qui ont tout donné à la sélection nationale soient aujourd’hui traités comme des fautifs ? Comment suspendre ceux qui, année après année, ont porté le Gabon à bout de bras, parfois au détriment de leur propre santé, de leur carrière, de leur sérénité ?
Pierre-Emerick Aubameyang, blessé, diminué, aurait pu se préserver. Il a pourtant choisi d’entrer en jeu face au Cameroun. Un risque immense. Un pari dangereux. Non pas pour un club, non pas pour un contrat, mais pour un pays, sa patrie. Pour le Gabon. Ce geste, qui devrait relever du sacrifice et de l’honneur, est aujourd’hui relu comme une faute. Voilà où mène l’ingratitude institutionnalisée.
Mais le véritable ridicule de cette décision apparaît lorsqu’on détourne le regard des individus pour observer le système. Le football gabonais est malade, et il ne l’est pas depuis hier. Un pays sans championnat stable depuis des années. Sans académies structurées. Sans infrastructures dignes de ce nom. Sans stades aux normes. Un football livré à l’improvisation, à la débrouille, à l’héroïsme individuel faute de politique publique cohérente.
Dans ce désert organisationnel, le staff technique avait pourtant réussi l’essentiel : qualifier le Gabon à la Coupe d’Afrique des Nations, et réaliser un parcours honorable dans les éliminatoires de la Coupe du monde. Les résultats étaient là. Les progrès, réels. Et que fait l’État ? Il coupe les têtes. Comme si la sanction pouvait tenir lieu de projet.
Cette suspension n’est ni une réforme, ni une correction, encore moins une refondation. C’est une grossière et honteuse fuite en avant. Une manière commode de fabriquer des coupables pour éviter de désigner les vrais responsables. L’absence de vision, l’incurie administrative, le désengagement structurel de l’État dans le sport roi. On cherche des hommes à blâmer là où il faudrait du courage politique. On préfère la symbolique de la punition à l’exigence de la construction. On dissout, on suspend, on écarte mais on ne bâtit rien.
En agissant ainsi, le Gouvernement de la Ve République ne règle aucun problème. Il expose au contraire son incapacité à penser le football comme un écosystème, et non comme une succession d’émotions à gérer à chaud. Gouverner, ce n’est pas céder à la clameur. Gouverner, c’est résister à l’émotion pour imposer la raison.
À défaut, le football gabonais continuera d’errer, non par faute de talents, mais faute d’État. Et l’histoire retiendra que, plutôt que de réparer la maison, on a préféré accuser ses enfants et ceux qui tentaient encore d’en maintenir les murs debout.







