
Libreville, le 15 Janvier 2026 – (Dépêches 241). À Plaine-Orety, le vacarme des bulldozers s’est tu depuis longtemps, mais le silence qui lui a succédé est tout aussi assourdissant. Sept mois après les opérations de déguerpissement, des familles entières vivent encore à ciel ouvert, sur les lieux mêmes où leurs maisons ont été rasées. Là où l’on promettait la restauration de la dignité des Gabonais, il ne reste aujourd’hui que des terrains nus, sans construction, sans projet visible, sans horizon pour ceux qui y ont tout perdu.
Détruites en juin 2025, les habitations de Plaine-Orety ont laissé derrière elles des centaines de sinistrés. Si des actions présidentielles ont permis le relogement de plusieurs familles sur des sites dédiés, une frange non négligeable demeure abandonnée à son sort. « Nous vivons dans ces conditions depuis près de huit mois. Nous avons des enfants handicapés, d’autres à bas âge, des femmes qui sont dans des situations difficiles », témoigne le représentant du président du collectif des déguerpis. Un rappel cru que l’urgence sociale ne s’est pas dissipée avec le temps, mais s’est enracinée dans la durée.
Privées de tout accompagnement structuré, ces familles survivent grâce à la solidarité sporadique de particuliers et d’associations. Une aide aléatoire, insuffisante pour compenser l’absence d’une réponse institutionnelle durable. « Il y a des associations et des personnes qui viennent souvent nous donner du lait, du riz. Avec la pluie, on est obligé de rester éveillé, on n’a pas d’autre choix. C’est comme ça qu’on peut assurer notre sécurité, car on a déjà été victime de vols à plusieurs reprises », confie le même responsable, la voix chargée de fatigue, de résignation et un peu de honte.
Ainsi, des Gabonais qui disposaient hier du minimum vital sont aujourd’hui contraints de vivre comme des parias, exposés aux intempéries, à l’insécurité et à l’indifférence. Le choix de l’État de mettre ses populations à la rue, sans mécanisme d’accompagnement effectif et sans reconstruction visible sur les sites déguerpis, interroge profondément la promesse fondatrice de la Ve République : celle de rendre aux Gabonais leur dignité. À Plaine-Orety, cette dignité attend toujours de sortir des gravats.







