
Libreville, le 16 janvier 2026 – (Dépêches 241). Au terme des négociations entre le gouvernement et les partenaires sociaux de l’éducation nationale, le mercredi 14 janvier 2026, Jean-Chrystome Ndong Ndong, présenté comme le porte-parole de la plateforme SOS ÉDUCATION, a annoncé la suspension de la grève des enseignants entamée depuis le 5 janvier dernier. Lors de cette annonce, il a appelé à la reprise des cours dès le lendemain. Seulement, cette déclaration ne semble pas avoir été suivie d’effet. L’intéressé serait désormais perçu par une partie du corps enseignant comme un traître, dans la mesure où cette décision aurait été prise sans consultation préalable de la base.
En parcourant de nombreux lycées et collèges publics de la capitale et des images de certains autres de l’intérieur du pays ce jeudi matin, le constat était sans appel : la suspension de la grève annoncée par Jean-Chrystome Ndong Ndong n’a pas été respectée. Et pour cause, ce dernier se serait précipité à vouloir suspendre le mouvement à l’issue des négociations entre SOS ÉDUCATION, d’autres représentants des syndicats de l’éducation nationale et la tutelle, en présence des ministères du Budget et de la Fonction publique. Sans prendre la peine de rendre compte à ses collègues lors d’une véritable assemblée générale, il se serait arrogé le droit de décider unilatéralement de la reprise des cours.
Or, une telle décision ne peut être prise que par l’ensemble du corps enseignant réuni en assemblée générale souveraine, au cours de laquelle chaque enseignant se prononce sur les résultats obtenus à l’issue des négociations avec le gouvernement. Résultat: ni élève ni enseignant, les établissements étaient déserts.
Mais au regard des propositions formulées par l’exécutif notamment traduites par l’attribution de 300 postes budgétaires, l’intégration de 108 enseignants des matières scientifiques, l’octroi de présalaires à un peu plus de 1 000 bénévoles et la régularisation d’environ 4 000 situations administratives, il va sans dire que la suspension de la grève est loin d’être acquise.
D’autant plus que deux promotions issues de l’ENS, deux autres sorties de l’ENSET, ainsi que plusieurs promotions de l’ENIL et de l’ENIF demeurent toujours sans affectation, contraintes de rester à la maison. Le gouvernement devrait donc faire preuve d’une peu plus de volonté, à en croire de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux.
Au-delà du risque de voir le mouvement de grève se poursuivre, cette situation ravive une vieille et triste histoire propre au secteur de l’éducation nationale : celle de leaders syndicaux qui, pour des raisons souvent égoïstes, se vautre dans la trahison, œuvrent en connivence avec le pouvoir pour affaiblir des mouvements de grève, même lorsque ceux-ci reposent sur des revendications légitimes. C’est aussi une preuve supplémentaire, s’il en était encore besoin, que le gouvernement, malgré les discours de rupture et les promesses de gestion rigoureuse par les autorités actuelles, poursuit le même dessein que le régime déchu : achever de sacrifier l’éducation nationale, quand bien même le système éducatif est déjà en état de déliquescence avancée.
Certes, la tentative de décrédibilisation du mouvement de grève n’a pas, pour l’instant, produit les effets escomptés. Mais la vigilance reste de mise, car le gouvernement gabonais n’a jamais renoncé après un premier échec. Il convient surtout de rappeler aux autorités que cette grève n’est ni un affront ni une défiance à l’égard de l’autorité de l’État. Elle est l’expression d’un ras-le-bol profond d’un corps enseignant lassé d’être précarisé par l’État lui-même.
À défaut de manœuvres dilatoires, de divisions artificielles et de stratégies de contournement, le gouvernement gagnerait à s’attaquer sérieusement aux causes structurelles de la crise. La restauration de la sérénité au sein de l’éducation nationale passe par des décisions courageuses, concrètes et immédiates. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que les enfants gabonais pourront retrouver durablement le chemin de l’école et que l’école cessera d’être la variable d’ajustement d’un État en perpétuelle fuite devant ses responsabilités.







