
Libreville – le 17 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Le message est clair, assumé et désormais irréversible. Réunis ce jour en Assemblée générale au stade d’Awendje, les enseignants membres de SOS Éducation – La Base ont décidé à l’unanimité de poursuivre le mouvement de grève sur toute l’étendue du territoire national. Une décision forte, prise dans une ambiance fiévreuse, presque électrique, qui sonne comme une réponse directe à ce qu’ils qualifient de mépris persistant de l’État à l’égard du corps enseignant.
Cette Assemblée générale intervient quelques jours seulement après l’annonce, largement contestée, de la reprise des cours par un groupuscule d’enseignants. Une initiative perçue par la base comme une tentative d’affaiblissement du mouvement, vite balayée par la mobilisation massive observée ce jour à Awendjé.
Au cœur de cette rencontre, une voix a porté plus loin que les autres. Celle de Simon Ndong Edzo, syndicaliste reconnu, qui a électrisé la foule avec une formule devenue slogan, mantra et ligne de fracture : « No Money, no school ». Une phrase simple, brutale, mais lourde de sens.
Cette tirade ne traduit ni un caprice, ni une posture extrémiste. Elle résume une réalité : on ne peut exiger le sacrifice permanent de ceux que l’on refuse de considérer. « Quand ils ont augmenté les militaires, ils n’ont pas eu besoin de grève.Quand ils ont augmenté les députés, ils n’ont pas eu besoin de grève », a martelé Simon Ndong Edzo sous les applaudissements nourris.
À travers cette tirade, les enseignants dénoncent une politique de traitement différencié, où certains corps bénéficient d’augmentations sans condition ni pression, pendant que l’école, pilier proclamé de la Ve République, est sommée de patienter, de se taire et de continuer à fonctionner à crédit.
Le « No Money, no school » ne signifie pas le rejet de l’éducation, bien au contraire. C’est un cri d’alerte. Une manière de rappeler que l’école ne se nourrit pas de discours, que la craie ne remplace pas un salaire digne, et que la vocation ne saurait éternellement compenser l’injustice sociale. Derrière cette formule, il y a une exigence de respect, de reconnaissance et d’équité.
En décidant la poursuite du mouvement, les enseignants affirment aussi leur solidarité avec leurs collègues, souvent isolés, parfois stigmatisés, mais toujours essentiels. Ils rappellent que sans enseignants respectés, il n’y a ni école de qualité, ni avenir crédible pour la jeunesse gabonaise.
Dès lors, lundi 19 janvier prochain, le constat sera sans appel : les établissements scolaires resteront vides, non par désinvolture, mais par responsabilité. La balle est désormais dans le camp de l’État, sommé de sortir du déni et de la perfide afin de répondre, enfin, aux revendications légitimes de ceux qui tiennent encore debout l’un des derniers socles de la Nation car à force de ne pas payer l’école, c’est l’avenir que l’on met en grève.







