
Libreville, le 20 janvier 2026 – (Dépêches 241). Dans une interview fleuve de près de quarante minutes accordée à Gabon Media Time, Haardry Gaël Moulou Mighindi, agent des forces de défense et de sécurité, affirme être victime d’une radiation qu’il juge abusive et infondée. Privé de son salaire depuis six ans, l’intéressé dit avoir épuisé l’ensemble des voies de recours prévues par la loi, sans qu’aucune ne connaisse une issue favorable. Confronté à un statu quo administratif et à une précarité croissante, il a décidé de porter son affaire sur la place publique afin d’alerter l’opinion et d’interpeller directement le chef de l’État sur ce qu’il présente comme des abus persistants au sein des Forces de Police nationale.
Depuis la diffusion de cette interview, l’indignation gagne une partie de l’opinion publique gabonaise. En cause, des révélations jugées choquantes par leur gravité. En effet, le brigadier affirme que la suspension de son salaire serait consécutive à un harcèlement sexuel dont il aurait été victime de la part d’un supérieur hiérarchique aujourd’hui décédé. Selon son témoignage, son calvaire aurait commencé après avoir opposé un refus catégorique à des avances sexuelles explicites à caractère homosexuel. Il soutient que son supérieur lui aurait clairement posé un ultimatum : céder à des pratiques sexuelles ou être écarté des rangs de la Police nationale.
Haardry Gaël Moulou Mighindi conteste par ailleurs la légalité de sa radiation, qu’il estime non conforme aux textes en vigueur. Il affirme notamment que le décret portant radiation comporterait de graves irrégularités, parmi lesquelles l’absence de souche administrative dans les archives de l’Inspection générale des services. À l’appui de sa contestation, il indique avoir continué à porter l’uniforme durant toute la période de ses démarches administratives, sans qu’aucune autorité de la Police nationale ne remette officiellement en cause son appartenance au corps.
À la suite de cette sortie médiatique, marquée par des accusations d’une extrême gravité, le Commandement en chef de la Police nationale est rapidement monté au créneau. Dans une communication diffusée sur les antennes de Gabon Première, la hiérarchie policière a rejeté en bloc l’ensemble des accusations portées contre elle. Qualifiant l’intéressé de « menteur », le Commandement affirme qu’il s’agirait d’un ex-policier n’ayant plus aucun lien juridique avec l’institution.
Les forces de Police nationale ont en outre indiqué se réserver le droit d’engager des poursuites judiciaires contre l’auteur de ces déclarations, qu’elles estiment diffamatoires et attentatoires à l’honneur de l’institution. Une posture défensive qui, loin d’éteindre la polémique, soulève de nouvelles interrogations sur la gestion interne des ressources humaines et sur les mécanismes de contrôle disciplinaire au sein des forces de sécurité.
Au-delà du choc provoqué par la nature des accusations, cette affaire met en lumière un dysfonctionnement plus profond : l’opacité administrative et l’extrême lenteur des procédures internes et pratiques de tous genres. Qu’un agent puisse se retrouver durant des années sans salaire, sans décision clairement opposable et sans réponse définitive de la hiérarchie, interroge sérieusement l’État de droit au sein des corps habillés.
Elle pose également la question du traitement des lanceurs d’alerte dans un contexte où la discipline militaire et policière tend trop souvent à étouffer toute parole dissonante. Si les faits allégués restent à établir, leur simple exposition publique traduit un profond sentiment d’abandon institutionnel et un déficit manifeste de mécanismes crédibles de recours et de protection.
Entre dénégations officielles et accusations graves, l’affaire Haardry Gaël Moulou Mighindi appelle autre chose qu’une guerre de communication. Elle exige une clarification administrative et, le cas échéant, une enquête indépendante, seule à même de rétablir la vérité, de situer les responsabilités et de restaurer la crédibilité d’une institution régalienne déjà fragilisée par une crise de confiance persistante. À défaut, le silence ou la menace judiciaire risquent d’apparaître non comme une défense de l’honneur de la Police nationale, mais comme l’aveu d’un malaise plus profond, dont les révélations actuelles ne seraient que la face visible de l’iceberg.







