Après la Transition, la continuité : Libama et Ndong Edzo, deux syndicalistes à la prison centrale pour avoir revendiqué trop fort

Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, les deux syndicalistes emblématiques passeront leur nuit à la Prison centrale

Libreville, le 21 Janvier 2026 – (Dépêches 241). Un mandat de dépôt a été décerné ce mardi soir contre Marcel Libama, ancien député de la transition et contre Simon Ndong Edzo, figures syndicales emblématiques engagées dans la défense des droits des enseignants. Comme avant le 30 août 2023,  les leaders syndicaux paient  une nouvelle fois de leur liberté et de leur activisme social, dans un contexte où la revendication des droits des agents publics est systématiquement assimilée à une menace contre l’ordre public.

Après des allers et retours depuis quelques jours entre la cellule de la Direction Générale des Recherches (DGR) où ils étaient détenus et le tribunal, la sentence est finalement tombée il y a quelques heures. Les deux syndicalistes que sont Simon Ndong Edzo, retraité et accusé d’incitation à la grève, et Marcel Libama, ancien porte-parole du président Oligui Nguema, accusé de trouble à l’ordre public, ont été mis sous mandat de dépôt et écroués à la prison centrale de Libreville. 

Cette incarcération intervient alors que le secteur éducatif traverse une crise profonde, marquée par une grève générale depuis plusieurs semaines, liée à des situations administratives non régularisées et un mépris persistant des engagements pris par les autorités. Plutôt que d’apporter des réponses structurelles, le pouvoir choisit vraisemblablement la voie répressive, criminalisant ainsi l’action syndicale.

Selon une source bien introduite dans le circuit judiciaire, la procédure engagée contre les deux syndicalistes relèverait , du régime de l’enquête de flagrance. En droit pénal gabonais, la flagrance suppose que l’infraction soit en train de se commettre ou qu’elle vienne de se commettre, autorisant ainsi des mesures coercitives immédiates et une accélération notable de la procédure. 

Dans ce cadre précis, dès l’instant où la détention préventive a été confirmée dès ce soir, le droit impose, en principe, que l’affaire soit appelée dans les plus brefs délais devant la juridiction compétente. Autrement dit, le procès devrait se tenir dans les prochains jours, la logique même de la flagrance excluant une instruction longue et différée, au profit d’un jugement rapide destiné à statuer sans délai sur la culpabilité ou non des mis en cause.

Dans cette affaire, il a noté avec regret que le parallélisme avec les pratiques d’avant-transition est troublant. Arrestations ciblées, mandats de dépôt expéditifs, dissuasion par la peur : les méthodes n’ont guère changé, malgré les promesses de rupture et de restauration de l’État de droit. La prison devient, à en juger par cette incarcération, l’argument ultime face à des revendications pourtant légitimes.

Au-delà des personnes de Marcel Libama et de Simon Ndong Edzo, c’est un message clair qui est adressé à l’ensemble du mouvement social. Revendiquer au Gabon dans la Ve République, expose désormais à l’enfermement. Une dérive autoritaire assumée, qui fragilise davantage la confiance déjà érodée entre l’État et les acteurs de l’éducation, et interroge sérieusement la sincérité du discours de changement.

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