
Libreville, le 27 janvier 2026 – (Dépêches 241). Marcel Libama et Simon Ndong Edzo sont libres. Il aura suffi de cinq jours. Cinq jours d’incarcération, cinq jours de trop, pour que le vernis judiciaire se fissure et que la vérité politique apparaisse au grand jour. Les deux emblématiques syndicalistes ont été libérés ce soir, après avoir été placés sous mandat de dépôt, respectivement pour « trouble à l’ordre public » et « incitation à la grève ». Une libération aussi rapide que révélatrice, tant elle sonne comme un aveu.
En analysant avec gravité tout le contexte de cette affaire, il est tout à fait logique de considérer que la sortie de prison de Marcel Libama et de Simon Ndong Edzo n’est ni le fruit d’un soudain élan de clémence, ni celui d’un revirement juridique fondé sur le droit. Elle est avant tout une victoire politique et syndicale éclatante pour le mouvement SOS Éducation la Base, qui a contraint le Gouvernement à reculer, à plier, et finalement à se déjuger.
Quarante huit heures plus tôt, lors de son assemblée générale, SOS Éducation avait posé une ligne rouge claire. Aucune reprise des cours ne serait envisageable sans la « libération immédiate et sans condition » des deux figures emblématiques du combat syndical gabonais. Une position ferme, assumée, presque prophétique. Trois jours plus tard à peine, le pouvoir, pris à la gorge par la pression sociale et la détermination syndicale, n’avait plus d’autre choix que d’ordonner la levée du mandat de dépôt. Le constat et la conclusion sont sans appel en ce que la rue et le rapport de force ont parlé puis, le droit utilisé pour d’aucuns de façon arbitraire, s’est tu.
Cette séquence, loin de rassurer, inquiète. Elle laisse en effet planer un soupçon lourd, presque accablant. À dire vrai, si la justice était réellement indépendante, si l’incarcération reposait sur des bases strictement judiciaires, comment expliquer une libération aussi expéditive ? Comment admettre qu’une procédure prétendument fondée sur la loi s’effondre au premier coup de boutoir syndical ?
La conclusion s’impose donc d’elle-même. Elle est brutale certes mais logique. L’arrestation de Marcel Libama et de Simon Ndong Edzo serait pour beaucoup politique, et non judiciaire. Elle relevait davantage de la répression des voix dissidentes que de l’application sereine et souveraine du droit. En les emprisonnant, le régime a cru intimider. En les libérant si vite, il s’est trahi et s’est dédié.
Ce dénouement met crûment en lumière ce que beaucoup dénoncent depuis des années à savoir l’inceste manifeste entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif. Une justice instrumentalisée, convoquée non pour dire le droit, mais pour servir de bras séculier à l’autorité politique. Une justice qui enferme quand le pouvoir le souhaite, et libère quand le rapport de force lui devient défavorable.
Dès lors, parler de restauration des institutions au Gabon pourrait presque relever de l’ironie. Comment restaurer ce qui n’a jamais été véritablement séparé ? Comment invoquer l’État de droit quand la liberté de deux citoyens dépend moins d’un juge que d’une assemblée générale syndicale et du pouvoir en place ?
En obtenant la libération de Libama et de Ndong Edzo, SOS Éducation la Base n’a pas seulement remporté une bataille syndicale. Il a mis à nu un système, révélé ses réflexes autoritaires et rappelé, avec une clarté presque philosophique, que lorsque la justice obéit au prince, elle cesse d’être justice.
Et c’est peut-être là la leçon la plus grave de cette affaire. Au Gabon, la prison peut être politique, la liberté aussi.







