
Libreville, le 26 janvier 2026 – (Dépêches 241). La crise qui paralyse l’éducation nationale gabonaise continue d’exposer les contradictions du régime post-transition. Alors que les enseignants observent une grève prolongée pour dénoncer des arriérés de salaires, des situations administratives bloquées et un mépris institutionnel persistant, la voix de Christiane Bitougat, ancienne syndicaliste, vient rappeler une vérité simple et dérangeante : l’État gabonais a les moyens de régler ce conflit, mais refuse d’en faire une priorité politique.
S’adressant directement au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, Christiane Bitougat ne mâche pas ses mots : « Réglez le problème des enseignants. C’est une honte pour un pays comme le Gabon qui a les moyens. ». Une déclaration lourde de sens, d’autant plus que le chef de l’État lui-même a publiquement affirmé à plusieurs reprises que les ressources existent. Dès lors, l’argument de la contrainte budgétaire apparaît comme un écran de fumée, masquant une absence de volonté réelle de rompre avec les pratiques du régime déchu.
Cette interpellation met également en lumière une continuité inquiétante dans la gestion autoritaire du front social. Au lieu d’un dialogue franc et structuré, les enseignants font face à la menace, à l’intimidation, pire, à la criminalisation de l’action syndicale. Une méthode qui heurte de plein fouet les promesses de rupture et de restauration de la dignité des gabonais et de l’État de droit brandies au lendemain du 30 août 2023. Or, gouverner par la contrainte et la répression, c’est admettre qu’on a politiquement échoué.
Plus grave encore, l’inaction face aux revendications des enseignants hypothèque l’avenir du pays. D’autant que l’école est le socle de toute ambition de développement ou de progrès nationale sérieuse, et laisser l’éducation, secteur clé de cette ambition s’effondrer, revient à organiser le déclin, la mort politique et sociale du pays. Ainsi, en tolérant la précarisation de ceux qui forment les cadres de demain, le pouvoir prend le risque d’une fracture sociale durable et d’une délégitimation accélérée de son autorité.
L’appel de Christiane Bitougat n’est ni excessif ni populiste : il est moral, politique et urgent. Si le président Oligui Nguema veut réellement incarner la rupture qu’il promet, il doit cesser les discours et agir. Régler le problème des enseignants n’est pas un geste de charité, mais un devoir républicain. À défaut, le pouvoir devra assumer la responsabilité historique d’avoir sacrifié l’école gabonaise malgré des moyens disponibles et des alertes claires.







