
Libreville, le 1er avril 2026 – (Dépêches 241). Depuis la promulgation par ordonnance du nouveau code de la nationalité gabonaise le 26 mars dernier, de nombreuses voix se sont levées, notamment celle de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, pour dénoncer un texte qu’il a qualifié sans détour de monstruosité. Selon lui, ce texte ne dénote d’aucune volonté méliorative de la part du gouvernement, en ce sens qu’il vise au contraire à restreindre les libertés individuelles et collectives des citoyens, agissant comme une épée de Damoclès planant au-dessus de leurs têtes. Une description qui, si elle était avérée, relèverait davantage d’une volonté manifeste de musèlement des citoyens trop critiques que d’une véritable réforme d’un texte destiné à assainir les conditions de l’obtention et du maintien de la nationalité gabonaise.
Dans une tribune tonitruante publiée sur ses réseaux sociaux, l’ancien ministre de la Communication et des Médias et dernier Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba, Alain-Claude Bilie-By-Nze, dénonce sans ambages un texte qu’il qualifie de « mortifère ». Selon lui, ce nouveau code de la nationalité n’ambitionne ni l’amélioration ni la clarification des conditions d’attribution de la nationalité gabonaise. Au contraire, il les rend plus opaques, avec une tendance particulièrement dangereuse consistant à en faire une arme pour le gouvernement contre les citoyens non conciliants.
L’ancien Premier ministre, dans un discours dénué de toute forme d’ambiguïté, dénonce un code dont les implications et les intentions seraient malsaines et pourraient, si l’on n’y prend pas garde, conduire à terme à la désagrégation volontaire de la société gabonaise. D’autant que, pour lui, « il ne s’agit plus d’une réforme, c’est une rupture en même temps qu’une attaque directe contre notre vivre-ensemble », peut-on lire. Il ajoute, comme pour démontrer l’immuabilité de son propos : « Ce texte n’a pas été conçu pour organiser la nationalité. Il a été pensé par des esprits obsédés par la volonté d’exclure, de fragmenter et de trier », a-t-il affirmé.
À en croire l’opposant, cette réforme, si elle en est une, n’a pas vocation à conforter, et encore moins à créer les conditions d’une nation forte au sein de laquelle l’ensemble des citoyens concourent à son élévation et à son développement. Elle constituerait plutôt un moyen, presque perceptible par tous, pour le gouvernement de reprendre le contrôle et ainsi de sanctionner la critique afin de mieux dissimuler ses errements, ses incompétences et ses nombreuses promesses non tenues.
Le texte semble si ombrageux que même des principes comme l’autochtonie, autrefois clairs dans les anciens textes, ont été recouverts d’opacité. Une maladresse presque pathologique qui cache mal les intentions des auteurs du texte. D’autant qu’en se référant uniquement à ce nouveau code de la nationalité, plus personne ne serait en mesure d’affirmer avec assurance quelles catégories de la population sont considérées comme autochtones.
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Dans ces conditions, le président d’Ensemble pour le Gabon (EPG) se demande si « le Fang de Medouneu, localité dont le tracé frontalier avec la Guinée équatoriale date de la fin des années 60, est-il un autochtone ? Le Téké du Haut-Ogooué, dont le territoire appartenait au Congo voisin jusqu’à la veille des indépendances, est-il un autochtone ? », s’est-il interrogé. L’ex-Premier ministre va encore plus loin, non sans une certaine ironie, en interrogeant le sort qui pourrait être réservé aux compatriotes gabonais portant des noms à consonance étrangère. « Va-t-on ouvrir une chasse à la pureté du nom, ouvrant ainsi la voie à la pureté du sang ? », a-t-il questionné avec gravité, avant de conclure sur un ton teinté de tristesse : « Nous savons tous où mènent les politiques d’exclusion identitaire. »
Pour l’opposant le plus farouche du régime actuel, ce texte controversé est en déphasage avec l’histoire de notre pays. Car, selon lui, et en guise de rappel historique, le code de la nationalité appliqué avant ce nouveau texte était « forgé par Léon Mba, porté par les pères fondateurs et enrichi au fil du temps, notamment sous Omar Bongo, et transmis comme un legs immatériel et spirituel », s’est-il exclamé. Il estime à ce titre que ce nouveau texte, à défaut de renforcer l’idéal historique des pères fondateurs de la nation gabonaise, constitue une trahison mémorielle dont le but ne serait autre que d’exercer une pression permanente sur les citoyens afin d’éviter la mise à nu des manquements dans la gestion actuelle du pays.
Ainsi, selon Alain-Claude Bilie-By-Nze, ce texte n’est en rien une réforme, il est la manifestation assumée d’un pouvoir fragile, caractérisé par une aversion maladive à la critique. À ce propos, il affirme que ce texte est « une remise en cause presque blasphématoire de notre héritage national », considérant qu’il s’agit « d’une étape de plus dans un processus engagé depuis le 30 août 2023 : déconstruire méthodiquement ce qui fait la nation gabonaise ».
En définitive, cette prise de position virulente illustre l’ampleur des tensions suscitées par le nouveau code de la nationalité. Entre volonté affichée de réforme et soupçons d’instrumentalisation politique, le texte cristallise des inquiétudes profondes quant à l’avenir du vivre-ensemble au Gabon. Plus que jamais, le débat autour de la nationalité apparaît comme un enjeu central, appelant à la fois à la clarification juridique, à la transparence politique et à la préservation de l’unité nationale.







