Biahodjow et son mépris de Google et Facebook: peut-on diriger la communication d’un pays en ignorant l’importance du numérique ?

Diriger la communication en doutant du numérique, Le paradoxe Biahodjow ©Dépêches 241

Libreville, le 8 avril 2026 – (Dépêches 241). Il arrive, en politique, que les hommes révèlent davantage sur eux-mêmes qu’ils ne le souhaitent. C’est le genre de vérité qui échappe à la prudence et surgit dans l’improvisation. Le 2 avril 2026, en marge du Procom Forum, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, a offert à l’opinion publique gabonaise l’une de ces fenêtres involontaires. Dans un entretien accordé à nos confrères de Direct Info Gabon, il a posé, avec une candeur désarmante, la question suivante : « Qu’est-ce que le Gabon gagne avec Google, Facebook et TikTok ? » Une interrogation qui, dans la bouche d’un quidam, relèverait d’une légitime curiosité. Dans celle du premier responsable de la Communication d’un État, par contre, elle constitue, il faut oser le dire, un aveu de méconnaissance d’une particulière gravité. 

Après la sortie du Ministre de la Communication, il faut reconnaître à Germain Biahodjow une qualité rare, celle de réussir à étonner dans un domaine où l’évidence devrait pourtant s’imposer. Parce que s’interroger en 2026 sur ce que représente Google, Facebook ou TikTok pour un pays relève moins d’un questionnement stratégique que d’une spectaculaire méconnaissance du monde numérique. 

Ces plateformes, pour le rappeler,  ne sont plus de simples espaces de divertissement. Elles sont devenues des infrastructures majeures de diffusion de l’information, d’influence politique, de marketing territorial et même d’attractivité économique. Google est le premier moteur de recherche mondial, point d’entrée de milliards d’individus vers l’information,  le commerce et l’administration. Facebook regroupe plus de trois milliards d’utilisateurs actifs et constitue, dans les pays d’Afrique subsaharienne, le principal vecteur de diffusion de l’information publique, économique et politique. TikTok, quant à lui, est devenu en quelques années une arène d’influence globale. Que le ministre gabonais de la Communication semble encore découvrir cette réalité a de quoi susciter une certaine inquiétude. 

Pendant ce temps, la République gabonaise poste et publie sur Facebook 

Il existe pourtant, sous les yeux du ministre Germain Biahodjow, un indicateur qui aurait dû corriger cette vision avant même qu’elle ne soit exprimée publiquement, c’est le fait que les institutions de la République gabonaise elles-mêmes communiquent sur ces plateformes qu’il semble tenir en si piètre estime. La Présidence de la République y publie ses communiqués. Des ministères, des directions générales, y entretiennent des pages officielles. 

Certains partenaires institutionnels de l’État gabonais ont même investi TikTok pour toucher une jeunesse que les canaux traditionnels n’atteignent plus. Si ces réseaux constituent, selon Biahodjow, un simple vecteur de « dégradation de l’image de l’État », on est en droit de se demander pourquoi l’État continue, avec une constance remarquable, à y faire sa publicité. Cette contradiction n’est pas un détail, elle est le signe d’une pensée qui n’a pas encore achevé de se former sur le sujet dont elle a pourtant la charge.

Un ministère de la Communication ne peut se permettre le luxe de l’analphabétisme numérique

La communication publique n’est pas un art d’agrément. Dans le monde contemporain, elle est une fonction régalienne qui conditionne la crédibilité des institutions, l’attractivité d’un territoire et la capacité d’un gouvernement à orienter le récit national. Un ministre de la Communication qui méconnaît l’impact et le poids de l’écosystème numérique global ne dirige pas un ministère : il en occupe le fauteuil. Germain Biahodjow a peut-être des qualités que la scène publique n’a pas encore révélées mais  la question qu’il a formulée le 2 avril restera, quoi qu’il arrive, comme une épitaphe prématurée pour la crédibilité de sa fonction. 

Car dans un département ministériel où la maîtrise du numérique n’est pas un luxe mais une exigence de base, confesser son incompréhension de Google, Facebook et TikTok, c’est un peu, permettez la métaphore, comme un ministre de l’Énergie qui demanderait publiquement à quoi sert l’électricité.

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