Expropriation sauvage à Nkoltang : des policiers sans mandat séquestrent un propriétaire terrien

À Nkoktang, le Collectif Bangole dénonce une séquestration commise par des agents de Nkembo, sans titre foncier ni compétence territoriale ©Dépêches 241

Libreville, le 10 avril 2026 – (Dépêches 241). Un membre du Collectif Bangole, Jean François Essono Nguema, responsable du secteur 3 et propriétaire terrain a été arbitrairement séquestré il y a quelques jours par des agents de police affectés à la base d’un certains Tanguy, sur le site de Nkoltang. Ces policiers appartiennent au commissariat de Nkembo, à Libreville. Nkoltang relève pourtant de la commune de Ntoum. La question s’impose donc avec fracas. Qui a ordonné à ces hommes en uniforme de franchir leur ressort territorial pour monter la garde au profit de sociétés civiles immobilières, les SCI KMJ et Lekabi,  dont la légitimité foncière sur ce site est, à ce jour, juridiquement inexistante ?

Les faits sont consignés dans un communiqué du président du Collectif Bangole, Gérard Joseph Bissielo, dont le présent article est directement tiré. Mardi matin dernier, Essono Nguema se rend à Nkoltang pour une partie de pêche en compagnie du dénommé Carmelo, employé de Monsieur Adiaheno dont la parcelle a du reste été rasée par les engins de KMJ et Lekabi . 

Une séquestration aux contours crapuleux

Sur place, il constate la disparition de la cuve du château d’eau appartenant au voisin, dénommé « le blanc manioc ». Cette cuve se retrouve, pour le moins étrangement, implantée sur le site de la base de dénommée Tanguy. Curieux,  légitimement, Nguéma Essono s’y présente pour obtenir une explication. Les échanges avec les policiers présents dégénèrent. Il est séquestré. Puis relâché, quelque temps après. Le signalement est remonté au président Bissielo à 14h36 par deux membres du collectif que sont Abou et Carmelo.

Dans son communiqué, Gérard Joseph Bissielo est sans ambages : « Je relève avec gravité que le caractère crapuleux de cette bavure ne finira pas aussi facilement pour rester impuni afin de situer les responsabilités des auteurs », a-t-il déclaré indigné. 

Une déclaration qui engage l’avenir judiciaire de cette affaire et qui révèle, dans le même mouvement, la profondeur d’une crise foncière que les autorités de la Ve République semblent incapables, ou peu désireuses, de traiter à la racine.

Des policiers de Libreville en service commandé à Ntoum une anomalie qui appelle une réponse

Il convient de préciser que Nkoltang est une localité relevant administrativement de la commune de Ntoum. Les agents de police déployés sur ce site appartiennent, eux, au commissariat de Nkembo, circonscription bien distincte, ancrée au cœur de Libreville. Qu’ils se trouvent là, en tenue, à assurer la sécurité d’un site privé disputé, constitue une violation manifeste des règles de compétence territoriale de la police nationale gabonaise. Ce déploiement aberrant soulève des questions dont la réponse ne saurait attendre. Qui a ordonné cette mission ? Sur quel fondement légal ? Au service de quels intérêts, et surtout, à la demande de qui ?

Le cuve objet de la discorde posée sur le site gardé par les Policier

Il est important de noter que le Collectif Bangole regroupe des compatriotes gabonais victimes d’expropriation sauvage perpétrée par les SCI KMJ et Lekabi. Ces sociétés occupent un terrain sur lequel elles ne détiendraient, selon les membres du collectif, aucun titre foncier régulier. Que la force publique, la police nationale, censée protéger les citoyens, soit mobilisée pour défendre ces structures aux droits contestés, est une perversion de l’ordre légal qui mérite d’être dite avec toute la clarté qu’elle exige. 

Le commissariat de Ntoum, dont relève ce territoire, semble avoir été court-circuité. Dans cette configuration, il revient au commandant en chef de la Police nationale, le Général Serge Hervé Ngoma qu’il incombe désormais d’exiger des comptes. Des comptes du commissariat territorialement compétent d’abord, des agents de la police déployés hors ressort ensuite, et de ceux qui auraient pu les y envoyer enfin.

L’uniforme de la République ne doit pas servir à dépouiller les Gabonais

Face à cette situation, il est important de nommer les choses. Des policiers en tenue, armés par l’État, en faction sur un site litigieux pour protéger des intérêts privés, étrangers ou non,  en lieu et place des propriétaires légitimes, voilà ce que la Ve République est devenue, dans ce coin de Nkoltang, pour ceux qui en ont fait les frais. Les militaires qui gouvernent le Gabon depuis août 2023 ont promis rupture, justice et souveraineté retrouvée. Si des agents de l’ordre peuvent aujourd’hui être instrumentalisés pour séquestrer un citoyen qui ose poser une question sur un bien disparu, et garder une parcelle dont les occupants sont incapables de produire un titre foncier valide, alors cette promesse sonnera creux encore longtemps.

La hiérarchie des autorités militaires et policières est interpellée. Leur rôle constitutionnel est de protéger les personnes et les biens, pas de servir de bouclier à des expropriations dont la légalité reste entière à démontrer. Si l’on tolère aujourd’hui qu’un Gabonais soit privé de liberté pour avoir demandé des comptes sur ses terres, on acte que la dépossession des compatriotes peut se faire en toute impunité, sous couvert d’un uniforme de la République. C’est inacceptable. C’est inadmissible. Et le président Bissielo a raison. « Cela ne doit pas rester impuni ». 

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