
Libreville, le 11 mai 2026-(Dépêches 241). Comme presque chaque samedi, les habitants d’Essassa, derrière Berthe et Jean, se sont de nouveau réunis en vue de faire le point sur leur situation. À cet effet, certains membres du collectif ont récemment été reçus par l’édile de la commune de Ntoum, laquelle s’est particulièrement montrée ouverte au dialogue avec ces populations, dans l’optique de trouver des solutions à ce litige foncier. Tout en dénonçant les pratiques peu orthodoxes de la Société nationale immobilière (SNI), les populations de derrière Berthe et Jean accordent le bénéfice du doute au maire, tout en appelant à l’arbitrage du président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Visiblement, l’imbroglio foncier opposant les habitants d’Essassa, dans la zone dite derrière Berthe et Jean, et la Société nationale immobilière (SNI), ne semble pas prêt à se régler. Et pour cause, la SNI refuserait de se conformer aux engagements de départ édictés par les plus hautes autorités de l’État, consistant à intégrer ces riverains dans le projet d’urbanisation et d’aménagement de cette zone du Grand Libreville.
Alors que le projet d’envergure sociale du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, se voulait intégrateur, avec pour objectif de régulariser les situations foncières de ces compatriotes en insécurité foncière, la SNI serait en train d’exécuter un tout autre plan. Dans ce contexte, sans consultation ni avertissement, ladite société, sous couvert de l’État, se serait permis de casser des barrières, des soubassements, tout en rasant des hectares de plantations, d’arbres fruitiers et bien d’autres biens.
Un comportement que les habitants de cette zone, abritant un ancien village, qualifient de barbare et violent. Car, non seulement les délais courant de février à mai, au cours desquels il était prévu de régulariser les terrains bâtis avant d’entamer la régularisation de ceux non bâtis, n’ont pas été respectés par la SNI, mais il se trouve que, selon ces habitants lésés, cette dernière aurait même débuté la vente de certaines parcelles au détriment des propriétaires.
Ainsi, selon le collectif, la SNI demanderait à ceux qui ont vu leurs parcelles rasées, et qui semblent pourtant avoir tout perdu dans cette opération, de racheter leurs terrains auprès d’elle à hauteur de 5 500 francs CFA le mètre carré. Une situation pour le moins scandaleuse, qui s’apparente vraisemblablement à une escroquerie, à une spoliation organisée que la SNI semble assumer.
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Face à cette situation, le maire de la commune de Ntoum a ouvert ses portes à ces habitants afin de s’enquérir du fin mot de l’histoire. Au sortir de la rencontre, la mairesse se serait engagée à jouer le médiateur entre les habitants et les autorités concernées, quoique étant elle-même étonnée de la procédure appliquée par la SNI. D’ailleurs, avait-elle fait savoir, d’aussi loin qu’elle se souvienne, « il n’a jamais été question de déguerpir les habitants, mais de régulariser leur situation », avait-t-elle déclaré lors de cette audience.
Il est à rappeler que, selon les termes de la loi, aucune personne physique ou morale ne peut, même en détenant un titre foncier dûment délivré par les services habilités, s’autoriser à casser ou à détruire les biens ou les investissements d’une personne sans décision de justice l’y autorisant. Dans ce sens, la SNI ne violerait pas seulement la loi, elle piétinerait également les droits de ces citoyens. Dans ces conditions, seuls le chef de l’État serait en capacité de mettre fin à ce litige foncier. D’autant que c’est lui-même qui a pris l’initiative de régulariser les situations foncières de ces gabonais en lançant ce projet d’urbanisation et d’assainissement d’Essassa.
Ainsi, alors que les tensions demeurent vives à Essassa, derrière Berthe et Jean, les populations concernées continuent d’appeler à une intervention des plus hautes autorités afin qu’une solution durable et équitable soit trouvée. Entre accusations de spoliation, destruction des biens et incompréhension autour de la procédure engagée par la SNI, ce dossier foncier met en lumière les limites de la gouvernance foncière et l’urgence d’un arbitrage susceptible d’éviter une aggravation du climat social dans cette partie du Grand Libreville.







