La Constitution du CTRI déjà sous projet de révision : l’aveu d’une architecture fragile ? 

La Constitution de la Ve République pourrait être révisée plutôt que prévue

Libreville, le 8 Juin 2026 – (Dépêches 241). Un Premier ministre de retour au Gabon ? Selon plusieurs sources concordantes, une révision de la Constitution adoptée après la transition serait en cours de réflexion au sommet de l’État, en vue de réintroduire un chef du gouvernement. Si elle se confirme, cette réforme interviendrait dans un délai qui soulève autant de questions politiques que constitutionnelles et donne rétrospectivement du crédit aux voix qui s’étaient élevées contre un texte jugé trop présidentialiste.

Selon des informations recueillies auprès de plusieurs sources proches des cercles du pouvoir, une révision de la Constitution gabonaise serait en cours d’examen au plus haut niveau de l’État. L’objet central de cette réforme, réintroduire le poste de Premier ministre, chef du gouvernement, chargé de coordonner l’action ministérielle sous l’autorité du président de la République. 

Cette architecture, en vigueur sous le régime antérieur à la transition, avait été abandonnée lors de la rédaction du nouveau texte constitutionnel, adopté par référendum. Le retour envisagé de cette fonction s’accompagnerait d’un remaniement gouvernemental, qui pourrait intervenir dans la foulée du discours sur l’état de la Nation que le président Brice Clotaire Oligui Nguema doit prononcer devant le Parlement réuni en congrès, une séquence qui ouvrirait une nouvelle phase politique et redessinnerait  les équilibres au sein de l’exécutif.

Moins d’un an après le référendum : la précipitation comme aveu

Ce qui interpelle, au-delà du fond de la réforme, c’est son calendrier. La Constitution actuellement en vigueur a été adoptée par voie référendaire il y a moins d’un an. Le texte, présenté à l’époque comme la charte fondatrice d’un nouveau Gabon, fruit d’une large consultation nationale et d’un travail constitutionnel inédit, avait été soumis au suffrage populaire avec tous les égards symboliques et institutionnels qui s’imposaient. Le voir soumis à révision dans un délai aussi court fragilise la promesse d’un ordre constitutionnel stable et durable. Plus qu’une simple adaptation technique, une modification aussi prématurée porte en elle les stigmates d’une improvisation dans la conception initiale, et risque d’être perçue, dans l’opinion nationale comme dans les chancelleries, comme un aveu d’échec. Celui d’un texte rédigé dans l’urgence d’une transition, sans la profondeur de vue qu’exige une loi fondamentale.

Les opposants au projet avaient vu juste

Cette évolution donne surtout une résonance nouvelle aux critiques qui avaient, dès le départ, fustigé la philosophie du texte constitutionnel de la transition. Plusieurs personnalités politiques, juristes et acteurs de la société civile avaient alors dénoncé un projet qui concentrait l’essentiel des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, reléguant le gouvernement au rang d’instrument d’exécution sans contrepoids réel. On les avait peu entendus. Aujourd’hui, si la présidence elle-même envisage de corriger cette architecture en réintroduisant un chef du gouvernement doté d’attributions propres, c’est qu’elle reconnaît implicitement le déséquilibre que ces voix dénonçaient. La révision constitutionnelle annoncée ne sera donc pas seulement un ajustement institutionnel. Elle sera aussi, qu’on le veuille ou non, une réhabilitation politique de ceux qui avaient eu le courage de dire non.

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