
Libreville, le 4 avril 2023 – (Dépêches 241). Plusieurs des 654 jeunes admis au concours des sous-officiers de la gendarmerie nationale organisé en octobre 2020 ne pourront pas intégrer les rangs de ce corps d’élite de la défense nationale. Une situation injuste née des insuffisances manifestes de l’administration qui a décidé tout bonnement de briser le rêve de plusieurs jeunes méritants en invoquant des raisons aux antipodes du principe de l’égalité des chances prôné par le président de la République, Chef de l’Etat.
Le 03 octobre 2020, la gendarmerie nationale organisait le concours national de recrutement des élèves sous-officiers. Prenant appuie sur la Loi n°18/2010 du 27 Juillet 2010 portant ratification de l’Ordonnance n°007/PR/MDN du 25 Février 2010, portant Statut Particulier des Militaires, les participants éligibles et admis à ce concours avaient des âges oscillant entre 18 et 25 ans. Au terme du concours, 1400 candidats ont été reçus à l’issue des épreuves écrites et scindés en deux groupes en vue d’intégrer le Groupement d’Instruction d’Owendo (GIO) de la Gendarmerie Nationale pour y suivre leur formation.
De ces deux groupes, le premier intègre effectivement le centre de formation le 22 avril 2021. Pour le second, constitué effectivement de 654 jeunes compatriotes, consigne leur ai donné de patienter trois mois après l’entrée de la première vague. Dans les faits, les 654 dernières recrues auraient dû intégrer le Groupement d’Instruction d’Owendo en juillet 2021. Il n’en sera rien.
Dans une précédente parution intitulée Recrutement de la gendarmerie: l’attente interminable de 654 jeunes nous faisions déjà état de cette situation. Une source indiquait qu’après l’entrée de la première vague, la gendarmerie s’est murée dans un silence assourdissant à la suite de la publication des dates retenues pour les examens « Au lieu du 03 mai, la date des examens médicaux a été repoussée au 07 juin 2021. Et puis silence de mort. Les tests ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre», nous a-t-elle informé.
Finalement, c’est un communiqué du quotidien l’Union n°14196 du Lundi 3 avril 2023 qui est venu tel un coup de gourdin, briser le mutisme de la gendarmerie nationale et par ricochet le rêve de plusieurs de ces 654 compatriotes. Ledit communiqué, fait en effet état de ce que plusieurs des 654 admis au concours ne pourront plus intégrer la gendarmerie nationale au motif qu’« un certain nombre de candidats admissibles de ce second groupe ont dépassé la limite d’âge fixée à 25 ans. Toute chose qui ne permet plus leur recrutement administratif dans le Fichier Unique de Référence de la solde », a-t-on pu lire.
Une décision en tout point inique et injuste. Car faut-il le rappeler, c’est la gendarmerie nationale qui avait reporté l’intégration de ces jeunes à « une date ultérieure », invoquant « une capacité d’accueil limitée du Centre de Formation ainsi que le nombre insuffisant des postes budgétaires ». C’est un fait, les raisons de cette situation sont étrangères aux recrues et donc imputables uniquement et totalement à l’administration de la gendarmerie nationale à toutes celles engagées dans le processus de recrutement. Dès lors, le communiqué rendu public par la gendarmerie nationale est triplement irrecevable.
D’abord juridiquement et pour la raison suivante. En droit public et selon la jurisprudence de la cour d’appel de Libreville, il est indiqué que « les turpitudes de l’administration ne peuvent pas être imputables aux administrés ». En cette occurrence, à moins de se vautrer dans l’arbitraire et l’illégalité, il est inconcevable, en bon droit, que des compatriotes soient les victimes désignées de l’incurie de notre administration.
Ensuite politiquement, parce qu’elle contreviendrait de façon grossière et inconvenante au principe de l’égalité des chances véhiculé et prôné par le président de la République, Chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba. Socialement enfin, en raison du fait que le sentiment d’injustice né de cette décision va nécessairement conduire les compatriotes touchés par la mesure précitée à réclamer justice, réparation et respect de leur droit à la formation du fait d’un concours légalement et légitimement obtenu.
Mieux, cette situation nous invite, avec gravité, à nous poser un certain nombre de questions. La première vague a intégré le centre de formation, le 22 avril 2021. La formation des sous-officiers s’effectuant logiquement entre 9 et 12 mois, la première vague a dû terminer au plus tard en mai 2022. Pourquoi les 654 admissibles n’ont pas intégré le centre de formation ? Les 654 admissibles ont été reçus de façon régulière au concours de la gendarmerie, pourquoi doivent-ils être sacrifiés sur l’autel des insuffisances de notre administration ? Au nom de quoi la première vague est plus méritante que la seconde ? Certains conscients du caractère définitif de cette admission ont peut-être laissé passer d’autres opportunités. Qu’en est-il de la perte de chance consécutive à cette situation ? Le remplacement numérique dont fait mention la gendarmerie dans son communiqué ne fait-il pas le lit à la discrimination ?
Ce sont là des interrogations auxquelles Yves Barrassouaga se doit d’apporter des réponses suffisamment claires et édifiantes pour ne pas laisser prospérer l’idée d’une injustice criarde dont se serait rendu coupable l’état major de la Gendarmerie nationale.







