Déguerpissement des populations de Plaine-Orety: quand Edgard Moukoumbi avoue à demi-mot avoir enfreint la loi

Le ministre des Travaux Publics et de la Construction Edgard Moukoumbi a-t-il respecté tous les préalables avant le lancement des opérations de démolition des habitations ? © Dépêches 241

Libreville, le 05 juin 2025 – (Dépêches 241). Débutée le lundi 2 juin dernier, l’opération de déguerpissement des populations du quartier Plaine-Orety dans le 1er arrondissement de Libreville continue de susciter incompréhension, désolation et colère chez les riverains. Une situation qui ne risque vraisemblablement pas de s’arranger de sitôt, après la dernière sortie d’Edgard Moukoumbi, Ministre des Travaux Publics et de la Construction, lequel a avoué à demi-mot que la loi portant expropriation des populations pour cause d’utilité publique pourrait avoir été violée dans l’opération en cours derrière l’Assemblée Nationale.

Bulldozers, agents de forces de l’ordre, murs au sol, des lotissements entiers détruits, un quartier littéralement rasé, des pères et mères de familles désormais dans la rue, en situation d’extrême détresse et sans perspective, tel est le triste quotidien des milliers de gabonais résidents du quartier Plaine-Orety, depuis lundi dernier. En cause, une opération de déguerpissement lancée selon de nombreux riverains sans indemnisations pour beaucoup de ménages, et sans notification préalable du début de ladite opération de la part des services compétents, suivant d’autres avis.

L’aveu d’Edgard Moukoumbi 

Des versions finalement validées par Edgard Moukoumbi, le nouveau patron des Travaux Publics et de la Construction. En effet, dans sa récente sortie, le Ministre a affirmé sans ambages que « Des personnes ont pu être oubliées. On va les rattraper », a-t-il d’abord soutenu, avant d’ajouter que « si des preuves sont présentées montrant qu’il n’y a pas eu dédommagement, il est possible de prendre rendez-vous avec l’ANUTTC et d’obtenir réparation après vérification », a annoncé le membre du Gouvernement.

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Des propos qui viennent illustrer, s’il en était encore besoin, l’idée que cette opération en cours au quartier Plaine-Orety aurait été lancée sans préalablement vérifier les personnes dédommagées par le passé, mêlant ainsi personnes indemnisées et familles n’ayant rien perçu jusqu’alors. « Mes parents sont restés 55 ans sur cette terre, ils y ont construit 9 maisons en dur moi même j’en ai construite une, mes frères et sœurs ont fait pareil. Nos parents, 80 et 68 ans, n’ont pour seuls revenus que ces maisons en location. Nous avons été recensé il y a 10 mois environ, mais nous n’avons jamais rien reçu comme indemnisation », a réagi une internaute sur le sujet.

Une démarche qui interroge 

Et poursuivre sur sa peine, relatant les circonstances dans lesquelles sa famille a été déguerpie. « Mes parents m’ont appelé en larmes hier soir pour me dire que les engins étaient déjà à côté. J’ai couru pour constater que tout le quartier est en train d’être rasé. Un appel à un ami de l’ANUTTC m’a appris qu’il n’y a pas de plan de démolition, ils cassent seulement. Comment emballer une vie de 55 ans en quelques heures ? Et pour aller où ? Ils n’ont pas construit ailleurs que dans ce quartier. Nous nous sommes sentis trahis par cette  5ème République en laquelle personnellement j’ai cru de tout mon cœur », a-t-elle écrit.

L’opération de déguerpissement en cours au quartier Plaine-Orety dans le 1er arrondissement de la capitale gabonaise soulève de multiples interrogations aujourd’hui. Le Gouvernement a-t-il violé la loi portant expropriation des populations pour cause d’utilité publique ? Sinon, comment expliquer que des familles entières aient pu être oubliées, comme le suggère le Ministre des Travaux Publics dans ses déclarations ? Comment procéder à la démolition des biens d’autrui, sans préalablement vérifier que ces biens comptent parmi ceux déjà indemnisés ? Comment le Gouvernement compte-t-il objectivement réparer les préjudices causés, si d’aventure il est établi que la loi en matière d’expropriation a été violée? Comment évaluer rigoureusement et avec exactitude la valeur des biens déjà détruits ?

Edgard Moukoumbi à l’épreuve de la loi du 10 mai 1961 portant expropriation des populations pour cause d’utilité publique

Rappelons qu’en matière d’expropriation des populations pour cause d’utilité publique, les dispositions légales prévoient qu’avant d’entamer un tel chantier, ces travaux doivent être précédés d’une déclaration d’utilité publique. Cette déclaration qui est de l’initiative du maître d’œuvre – en l’occurrence l’Etat – dans le cadre de l’affaire querellé, doit ensuite être soumise à la juridiction compétente qui est le Conseil d’Etat. À charge pour le Conseil d’Etat après avoir apprécié, de délivrer un acte juridique portant décret d’expropriation des populations pour cause d’utilité publique.

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Une fois cette procédure achevée, le préfet doit ensuite sortir un arrêté de cessibilité. La procédure commande enfin de répertorier et recenser par le biais d’un huissier tous les biens appartenant aux riverains avant procéder à une indemnisation qui, précisons le, doit être préalable au premier acte posé, la démolition ou le déguerpissement ne doivent donc intervenir qu’en dernier ressort.

Au regard des aveux du Ministre de tutelle, il n’est pas exclu que cette loi ait été violée dans le processus de déguerpissement de ces populations. A charge désormais pour le Ministre de l’Habitat Ludovic Menie et celui de Travaux Publics Edgard Moukoumbi, d’éclairer l’opinion sur ce qui, à bien des égards, peut être perçu comme une dérive et violation des droits des concitoyens, jetés à la rue et livrés à la belle étoile sur la base d’une procédure légale non respectée et galvaudée par les autorités. 

Joint au téléphone par Dépêches 241, le ministère des Travaux Publics et de la Construction, a invité la rédaction à regarder dans les prochaines heures, avec attention, les différentes sorties médiatiques données par le ministre de tutelle pour trouver des réponses aux interrogations de l’opinion.

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