Oligui Nguema en mode RDB: Restaurateur, Démolisseur avant d’être Bâtisseur

Le Président de la République assume pleinement son choix de démolir les habitations des Gabonais nonobstant le débat sur la méthode au sein de l’opinion  ©Montage Dépêches 241

Libreville, le 24 Juin 2025 – (Dépêches 241). Brice Clotaire Oligui Nguema. Un nom qui, il y a peu, incarnait l’espoir d’un Gabon réconcilié avec ses institutions, la promesse d’une gouvernance assainie, la fin des tripatouillages et des arrangements entre amis. Le général-président, auréolé de son putsch « salutaire », s’était fait le chantre d’une transition exemplaire : dialogue national, référendum constitutionnel, élections présidentielles, le tout emballé dans un chronogramme aussi précis qu’un plan quinquennal soviétique.

Les Gabonais, lassés des vieilles ficelles, y ont cru. Ils ont cru à la restauration du droit, à la dignité retrouvée, à la fin des « perfides trompeurs » et à l’avènement d’un urbanisme social, protecteur des plus faibles. Les urnes, sous le regard attendri de la majorité, ont même offert à Oligui Nguema une victoire d’école nord-coréenne : score fleuve, ovations, promesses d’un avenir radieux.

Mais le réveil est brutal. À la baguette, le chef de l’État orchestre désormais une partition autoritaire, où le Parlement joue les figurants muets et la justice s’exécute en mode « one man show » : quand elle ose sortir du rang, ses décisions sont prestement piétinées. L’affaire des déguerpissements de Plain-Orety en est le dernier exemple. Sur la base d’un Décret d’Utilité Publique (DUP) vieux de 2015 – que le Pr Jean Rémy Yama qualifie de caduc – bulldozers et agents zélés s’acharnent sur les habitations, sans autre forme de procès, et en violation de la loi et de la dignité humaine.

Le ministre de l’Habitat, dans un numéro de contorsionniste digne d’un cirque, jure que tout le monde a été indemnisé. Mais qui croit encore à ces contes pour enfants ? L’indemnisation, c’est comme le titre foncier au Gabon : une chimère administrative, un parcours du combattant où l’on finit souvent KO avant la ligne d’arrivée. Pire, le Président de la République, loin de calmer le jeu, brandit la menace de l’arrestation contre les sinistrés sans titre foncier. L’ironie est totale : dans un pays où obtenir ce fameux sésame relève du miracle, on criminalise la précarité des pauvres hères jetés à la rue.

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Aujourd’hui, après Plain-Orety, c’est au tour d’Owendo-SNI, des Charbonnages et d’une partie du Bas de Gue Gue, de trembler sous la menace des pelleteuses. Pendant ce temps, le Tribunal attend toujours le titre de propriété qui ferait de la Caisse de Dépôt et de Consignation la grande gagnante de ce Monopoly urbain. La restauration des institutions ? Elle ressemble de plus en plus à une opération de démolition contrôlée. Oligui Nguema, fossoyeur malgré lui de ses propres promesses, semble avoir troqué la toge du restaurateur pour la pelle du démolisseur.

Le Gabon, lui, attend toujours la reconstruction. Mais pour l’instant, c’est surtout la poussière des maisons détruites qui flotte dans l’air. Satire ou triste réalité ? À chacun de juger. Mais une chose est sûre : la transition gabonaise a pris un virage… à la pelleteuse.

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