
Libreville, le 29 Juillet 2025 – (Dépêches 241). Sur l’axe Koula-Moutou – Pana, l’électricité est désormais un lointain souvenir, presque un mythe. Depuis bientôt dix mois, les habitants font l’expérience grandeur nature d’une « sobriété énergétique » imposée, dans un silence à peine troublé par le crépitement joyeux des bougies et le ronflement épisodique de groupes électrogènes qu’on chérit comme des trésors de famille. De la lumière, il ne reste que l’humour – parfois noir – pour égayer les veillées, alors que la nuit, complice des autorités, ne laisse plus rien passer.
Mais dans ce vaste théâtre de l’absurde, un protagoniste sort du lot : le Révérend Georges Bruno Ngoussi, 4e Vice-Président du Sénat de la Transition, qui s’empare du mégaphone pour réveiller les endormis du pouvoir. Sa déclaration, ciselée comme un trait de caricature, vise « l’immobilisme persistant » des services compétents, qui rivalisent d’astuce pour préserver l’inaction malgré les courriers, relances, et, dit-on, moult soupirs venus du terrain. Car ici, la patience n’est plus une vertu : c’est une punition.
Ironie de la situation, alors même que la route est praticable, c’est la route de l’indifférence qui reste la mieux entretenue. Les arbres tombés sur l’axe, dignes représentants d’une nature solidaire avec le blackout, bloquent tout accès aux pylônes en détresse. Peut-être attend-on la saison des pluies pour organiser une fête à la boue ou un concours d’apnée administrative, où les « services compétents » décrocheront sans doute la palme de la plus belle absence d’action.
Le sénateur, las de jouer à l’écho dans un tunnel, interpelle nommément la subdivision des Travaux Publics de Koula-Moutou et la société forestière de Lemengué. Le mot d’ordre : « Qu’on dégage enfin ces troncs – symboles durables d’un État enraciné dans l’attente ! » Mais le parcours du combattant administratif semble taillé pour la longueur et la ruse ; la lettre officielle voyage à dos d’escargot, pendant que la nuit, elle, court à la vitesse du courant… absent.
Dans ce joyeux capharnaüm, chacun s’adapte. Les enfants grandissent en champions de cache-cache, les moustiques prospèrent, les postes radio racontent l’actualité du monde – batteries permettant – et les promesses d’électrification, elles, attendent leur tour… à la lumière de l’humour.
A défaut de mobilisation urgente, le Révérend Ngoussi menace de saisir « les plus hautes autorités » et d’allumer les projecteurs médiatiques sur ce qui n’a plus rien d’un simple incident. Mais gare : à répéter « nul ne dira qu’il ne savait », on finit par inventer la première électricité à usage exclusivement informatif.
Ainsi va l’axe Koula-Moutou – Pana : là où toute énergie s’éteint, ne reste plus qu’à rire, à défaut d’y croire. Les prochaines élections ? On votera peut-être à la lueur d’une bougie, la seule lumière garantie par dix mois d’expertise en gestion de pénombre.







