Mangroves en péril : entre engagements de façade et défis environnementaux réels du Gabon

Les récents engagements pris par Mays Mouissi vont-ils parvenir à sauver la mangrove Gabonaise ?© DR

Libreville, le 31 juillet 2025-(Dépêches 241). À l’occasion de la Journée Internationale de la Mangrove, le ministère de l’Environnement, de l’Écologie et du Climat, dirigé par Mays Mouissi, a célébré cette date par la signature de deux partenariats censés renforcer la protection des écosystèmes côtiers gabonais. Mais derrière la solennité des discours, une question demeure: ces initiatives sont-elles à la hauteur des défis colossaux auxquels font face la mangrove et le littoral Gabonais ?

Le premier partenariat vise à intensifier la collecte des bouteilles plastiques dans les communes d’Owendo et d’Akanda, un geste concret, mais qui apparaît aujourd’hui comme une mesure insuffisante face à la pollution plastique omniprésente. Si l’accent est mis sur le recyclage, les habitudes de production, de consommation et la responsabilité des acteurs industriels restent à peine abordées. La question du plastique, principal polluant des littoraux et des mangroves, exige une politique volontariste et globale, au-delà des simples opérations de ramassage ponctuelles.

Le second accord, signé avec la GSEZ (Guinea Special Economic Zone), promet un ambitieux projet de conservation et de restauration des mangroves. Ces écosystèmes, indispensables à la biodiversité, à la régulation climatique et à la protection contre l’érosion côtière, souffrent particulièrement des pressions du développement économique accéléré qui ne cesse de menacer leur intégrité. Or, malgré les intentions affichées, les actions demeurent largement symboliques. La plantation de palétuviers à la pépinière d’Angondjé Ntom, bien que louable, ne compensera jamais l’étendue des surfaces détruites pour des projets industriels ou immobiliers.

Depuis sa nomination en janvier 2025, Mays Mouissi, ancien analyste économique reconverti ministre de l’Environnement, se trouve à la tête d’un département confronté à des enjeux cruciaux. Le Gabon, riche de sa biodiversité exceptionnelle et reconnu internationalement pour la conservation de ses forêts tropicales, lutte pour concilier ce patrimoine naturel et une croissance économique nécessaire. Le ministre Mouissi met en avant plusieurs priorités comme la gestion durable des ressources naturelles, la réduction des gaz à effet de serre, la lutte contre la déforestation et le développement des énergies renouvelables.

Cependant, la réalité sur le terrain reste complexe. Le Gabon doit faire face à une forte pression anthropique sur ses écosystèmes fragiles, notamment à travers l’extension des zones industrielles et minières, mais aussi l’urbanisation non maîtrisée. La mangrove, véritable poumon écologique des côtes, subit les conséquences du bétonnage et de la pollution, menaçant la biodiversité marine et la résilience climatique.

Des voix s’élèvent pour dénoncer un déséquilibre entre communication spectaculaire et actions effectives. Les initiatives ponctuelles sont accusées d’être plus des opérations de relations publiques que de vrais leviers de changement. Or, la protection des mangroves ne peut être laissée aux seuls gestes symboliques ; elle nécessite une politique intégrée, une mobilisation accrue des communautés locales, et une réelle implication des acteurs économiques responsables.

Dans ce contexte, la collaboration annoncée entre le ministère de l’Environnement et les entreprises, comme avec la GSEZ ou Assala Gabon, semble primordiale pour construire une gouvernance environnementale cohérente, mais doit également s’accompagner d’une transparence rigoureuse et d’une reddition des comptes sur les résultats concrets.

Le 26 juillet dernier, si le Ministre Mouissi a affiché un engagement politique en faveur des mangroves, le chemin reste encore long. La vitalité des écosystèmes côtiers gabonais et la survie de cet héritage naturel exceptionnel exigent plus que des photos ou des signatures : elles réclament des politiques courageuses, des moyens techniques accrus, et une véritable remise en question du modèle de développement. En attendant, les mangroves continuent de souffrir, emportant avec elles la diversité de la vie qu’elles abritent, dans un silence que seule l’urgence environnementale pourra briser.

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