Suspension de Joyce Laffite par le RPM: Barro Chambrier dans la peau de BLA, version « qui dénonce, bouge ! » 

Joyce Laffite Nsegue Sécrétaire Exécutif du RPM et candidat aux législatives suspendu pour avoir critiqué le parti président d’Oligui Nguema © Dépêches 241

Libreville, le 7 août 2025-(dépêches 241) Décidément, les hommes politiques gabonais semblent tous issus d’un ancêtre politique commun. Après Brice Laccruche Alihanga, ex-directeur de cabinet tout-puissant d’Ali Bongo Ondimba, qui s’était illustré comme l’un des précurseurs de l’intolérance politique avec son slogan martial « qui boude, bouge ! », c’est au tour du vice-président du gouvernement, Hugues Alexandre Barro Chambrier, de perpétuer cette tradition autoritaire. À la tête du Rassemblement pour la Patri et Modernité (RPM), ce dernier vient de suspendre honteusement le secrétaire exécutif de son propre parti, Joyce Laffite Nsegue, pour avoir simplement critiqué l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), lequel a investi des anciennes figures du parti démocratique gabonais (PDG), qui se simplement et honteusement recyclés au sein du nouveau parti au pouvoir. 

Ce geste, d’une violence symbolique inouïe, contredit frontalement le discours démocratique que Barro Chambrier n’a eu de cesse de brandir durant le magistère d’Ali Bongo. Le masque tombe. Et cette suspension arbitraire révèle une fois de plus que, depuis le coup d’État du 30 août 2023, le régime de transition a surtout permis de mettre à nu le vrai visage de nombre de figures politiques du pays. Des figures qui se prétendaient autrefois défenseurs de la liberté et du pluralisme, mais qui n’hésitent plus à museler toute voix discordante, à sanctionner ceux qui aujourd’hui dénoncent ce que Barro Chambrier dénonçait naguère. 

Ce qui choque davantage dans cette affaire, c’est que la critique formulée par Joyce Laffite ne visait même pas directement son propre parti, mais un partenaire de coalition qui a incompréhensiblement choisi d’investir les anciens cadres du PDG. Un détail qui souligne le zèle, voire la panique, d’un Barro Chambrier visiblement plus soucieux de protéger ses alliances et son image auprès du pouvoir que de respecter les principes élémentaires de la démocratie interne de son parti. Il ne s’agit plus ici d’autorité, mais de servilité politique, d’un empressement à plaire au chef de l’État, quitte à trahir les siens et sanctionner les siens pour garantir sa fonction, ses prébendes et ses espèces sonnantes et trébuchantes. 

L’affaire montre surtout à quel point les politiciens gabonais, à l’image de Barro Chambrier, se servent des concepts de démocratie, d’alternance ou d’État de droit comme de simples outils de marketing. Leurs dénonciations du régime précédent n’étaient qu’un appel du pied à « la table du chef » dont ils ont revus les couverts, en piétinant et marchant sur les idéaux démocratiques et républicains qu’il a prétendu défendre. 

Désormais au voisinage de l’éclaircie, le fils de Rahandi Chambrier applique avec une précision déconcertante, les pratiques qu’il feignait de condamner : exclusion, discipline aveugle, sanction contre les siens pour faire plaisir au chef et musèlement des opinions. Et pendant ce temps, les populations continuent d’être utilisées comme marchepied.

Dans ces conditions, on est tenté de croire que lorsque Brice Laccruche Alihanga imposait son fameux « qui boude, bouge », et que toute la classe politique criait au scandale. La vérité est qu’ils rêvaient tous, secrètement, d’être à sa place. Aujourd’hui, le vice-président du gouvernement ressuscite cette même logique punitive, dans une version tout aussi autoritaire : « qui critique, bouge ». En réalité, il ne fait que mettre en lumière sa propre conception du pouvoir, verticale, disciplinaire, et profondément intolérante.

À n’en point douter, la suspension de Joyce Laffite Tsengue ne devrait pas être perçue comme un simple incident partisan, mais comme un signal d’alerte. Elle révèle la tentation permanente, chez les élites politiques gabonaises, de confisquer la parole et d’étouffer le débat, même au sein de leur propre camp. Il est légitime de se demander ce qu’il adviendrait des libertés d’expression et de conscience si Barro Chambrier devait un jour exercer le pouvoir suprême. Pour l’heure, ce comportement rappelle, une fois de plus, que la plupart des acteurs politiques gabonais ne cherchent pas à changer le système, mais à en prendre le contrôle pour mieux le reproduire. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*