
Libreville, le 13 août 2025- (Dépêches 241). Les limiers de la Police Judiciaire ont mis la main sur une bande de nervis dirigée par le tristement célèbre Ted Willy Alimbi Ognalagha, grossièrement appelé « Le Roi Béni. Une figure déjà bien connue des autorités et du monde carcéral. Ce gang, particulièrement organisé, mêlait corruption, complicités militaires et ramifications transfrontalières, ciblant notamment sans scrupules les domiciles des élites politiques et économiques du pays.
Le raid qui a permis l’interpellation de plusieurs membres de ce gang a été mené par les éléments de la Police Judiciaire. Celui-ci a permis de mettre la main sur Jerry Mouele, l’une des têtes pensantes de ce regroupement de criminels et malfaiteurs. Placé en garde à vue, Jerry Mouele a finalement donné de précieux détails sur le fonctionnement interne du réseau. Selon ses déclarations, Le Roi Béni recrutait une partie de ses hommes au Cameroun voisin, bien connu pour son appétence pour le grand banditisme. Ce dernier hébergeait ses criminels dans des hôtels de luxe avant chaque opération. Les armes utilisées provenaient « d’un militaire, frère de Jerry Mouele, et certains agents de l’armée facilitaient l’accès aux résidences ciblées », indiquent nos confrères de l’Union.
Le modus operandi témoignait d’un niveau de préparation inquiétant. Pour contourner les dispositifs de sécurité, le gang utilisait des équipements de dernière génération dont la particularité est de neutraliser ou désorienter les caméras de surveillance. Les chiens de garde étaient éliminés grâce à une potion toxique, tandis que les opérations étaient menées avec une rapidité et une précision quasi militaires. Ce professionnalisme criminel laissait présager des appuis bien placés au sein de l’appareil sécuritaire.
Des révélations de l’influenceur Nazih à l’origine de cette opération ?
Cette arrestation donne raison à l’influenceur Nazih, qui affirmait avoir croisé Le Roi Béni dans les locaux de la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS), alors que ce dernier y était retenu pour trafic de drogue et vol à main armée. Nazih soutenait que cet individu, protégé par la Garde Républicaine, dirigeait un réseau de braqueurs ciblant les résidences des hautes personnalités, notamment dans la zone d’Akanda. À l’époque, ses propos avaient été accueillis avec scepticisme, en raison de sa réputation sulfureuse.
Aujourd’hui, les faits semblent lui donner raison. La présence d’un criminel de cette envergure sous la protection d’un corps d’élite chargé de la sécurité des institutions nationales pose de graves questions. L’arrestation de ce gang ne serait-elle que la partie visible d’un vaste réseau criminel bénéficiant d’une couverture dans les hautes sphères de l’État ? Les doutes persistent quant à la capacité de la justice à instruire l’affaire en toute indépendance, tant les liens entre pouvoir politique et institution judiciaire sont dénoncés depuis des années.
Un appareil sécuritaire poreux et gangrené par des agents pourris ?
Les enquêteurs soupçonnent le groupe d’avoir agi dans plusieurs résidences prestigieuses, y compris celles de l’ancien président Ali Bongo Ondimba et de son ex Directeur de Cabinet, Maixent Accrombessi. Après leurs méfaits, certains membres du gang se repliaient au Cameroun pour échapper aux poursuites. Jerry Mouele a également révélé que, depuis la Turquie, Le Roi Béni avait tenté d’organiser son exfiltration vers le Cameroun, lui envoyant de l’argent et un billet d’avion, sans succès. Arrêté avant de pouvoir fuir, ce dernier a reconnu une implication indirecte dans les faits reprochés.
L’affaire « Roi Béni » pourrait bien être l’un des plus grands scandales sécuritaires de ces dernières années. Elle met en lumière la porosité entre criminalité organisée, forces de l’ordre et milieux politiques, tout en posant la question de l’intégrité des institutions. La présentation prochaine des prévenus devant le parquet sera un test majeur pour la justice gabonaise : soit elle démontre sa capacité à affronter les intérêts qui la tiennent en laisse, soit elle confirme les craintes d’une impunité organisée.







