
Libreville, le 14 août 2025 – (Dépêches 241). Depuis sa nomination par le président de la République à la tête du ministère de l’Économie, des Finances, des Participations, de la Dette et de la Lutte contre la vie chère, Henri-Claude Oyima est confronté à un dilemme que la loi règle pourtant clairement. Devait-il renoncer à la présidence-directorale de BGFIbank pour se consacrer pleinement à ses nouvelles fonctions ? Les faits récents tendent à montrer que l’intéressé a choisi de contourner cette exigence légale, préférant conserver son « CDI » de banquier plutôt que le portefeuille ministériel, perçu comme éphémère.
Cette posture étonne, tant le poste ministériel qui lui a été confié est stratégique pour la relance économique du pays. En dépit de la confiance manifeste du chef de l’État, Oyima continue de privilégier sa position au sein du groupe bancaire. Un choix qui, pour nombre d’observateurs, frise la défiance envers le président Oligui Nguema et son projet de rupture avec les pratiques du passé. D’autant plus que l’intéressé avait publiquement déclaré ne pas avoir été consulté avant sa nomination, une phrase lourde de sous-entendus sur son réel engagement à servir l’État.
Ce double jeu pose un problème de fond : il place le ministre dans un conflit d’intérêts patent. Comment défendre, d’un côté, les finances publiques et l’intérêt général, tout en restant, de l’autre, à la tête d’un groupe bancaire dont les objectifs sont purement commerciaux ? Les promesses initiales de démissionner de la présidence de BGFIbank pour se conformer à la loi sont restées lettres mortes, alimentant l’idée que la priorité de l’homme se trouve ailleurs que dans la gestion de l’économie nationale.
Sur le plan politique, cette situation fragilise la crédibilité du président Oligui Nguema, qui avait promis d’assainir les institutions et de moraliser la vie publique. Laisser perdurer un tel cas reviendrait à envoyer un signal négatif : celui d’un pouvoir qui tolère, voire cautionne, les conflits d’intérêts que l’on reprochait jadis à l’ancien régime. Ce serait un revers lourd pour la gouvernance de la Ve République naissante.
Au-delà de l’image présidentielle, c’est la cohérence de l’action publique qui est en jeu. Un ministre peu investi, ou distrait par ses obligations privées, risque de freiner les réformes économiques et de compromettre la lutte contre la vie chère. Les Gabonais, qui ont massivement plébiscité le chef de l’État le 12 avril dernier, attendent un gouvernement concentré à 100 % sur la tâche, sans calculs personnels ni arrangements en coulisse.
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Face à cet état de fait, il appartient désormais au président Oligui Nguema de trancher. Il lui faudra choisir entre préserver la stabilité apparente et affirmer un principe essentiel : nul ne peut servir deux maîtres à la fois, surtout quand l’un incarne la puissance publique et l’autre des intérêts privés. C’est aussi sur ce genre de décision que se mesurera la réelle rupture promise au peuple gabonais.
De fait, le maintien d’Henri-Claude Oyima à la tête de BGFIbank, malgré ses fonctions ministérielles, illustre une tension classique entre intérêts publics et privés. Dans la jeune Ve République, tolérer ce double standard reviendrait à valider les pratiques que l’on disait vouloir bannir. Pour préserver l’intégrité de son action et la confiance populaire, le président doit agir vite et fermement. Le message serait clair : la loyauté envers l’État et le respect des lois priment sur toute autre considération, fût-elle confortablement rémunérée.







