Gouvernance de la Ve République  : à quand notre sortie du Bongoïsme ? 

Deux ans après le coup d’Etat consacré par les nouvelles autorités comme étant un « Coup de Libération », les méthodes du régime Bongo-PDG sont toujours autant présents dans la Ve République © DR

Libreville, le 2 septembre 2025-(Dépêches 241). Depuis son arrivée au pouvoir, le Président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait suscité de nombreux espoirs, notamment celui d’un renouvellement politique fondé sur la rupture. Pourtant, ses choix actuels manifestent assez visiblement une continuité. En s’entourant principalement d’anciens cadres frustrés du PDG par des années de mise à l’écart, il a préféré le recyclage au renouveau. Ces figures, souvent marquées par les pratiques anciennes, peinent à incarner le renouveau attendu. Et le changement promis semble alors n’être qu’un habillage de l’ancien système.

Les mécanismes de nomination dans les hautes fonctions de l’État semblent confirmer ce retour au favoritisme et à l’entre-soi. L’appartenance à une loge, les liens familiaux ou claniques priment sur la compétence et la vision qui auraient pu favoriser un changement des élites et impulser une nouvelle dynamique. Les jeunes talents, les esprits libres ou critiques sont systématiquement écartés au profit d’un entre-soi politique verrouillé au prétexte de l’expérience. Cette logique clientéliste empêche l’émergence d’une véritable méritocratie républicaine. Elle alimente un sentiment d’exclusion et d’injustice dans la population. 

Par ailleurs, il est objectivement regrettable de constater que, comme l’ancien, le régime en place a fait de la politique du don et du divertissement un outil central de sa gouvernance. À chaque crise, à chaque attente populaire, la réponse vient sous forme de distributions ponctuelles ou de festivités de façade. Cette stratégie détourne l’attention des véritables enjeux de gouvernance, comme la santé, l’éducation ou la réforme de l’État. Elle réduit la relation entre le citoyen et le pouvoir à un simple échange de faveurs. En quoi le peuple se trouve réduit comme au simple statut de spectateur, jamais acteur participant de son propre destin.

Ce modèle de gestion politique s’éloigne de l’exigence républicaine et du respect des institutions pourtant promis et chantés par les nouveaux louangeurs du régime. Aujourd’hui, plus qu’hier, la consolidation d’un pouvoir central autoritaire sous couvert de réconciliation est en train de créer un climat de méfiance. Le Président s’entoure d’une élite peu représentative des espoirs populaires, de surcroît incapable de répondre aux urgences sociales et aux aspirations profondes du pays. Cette gestion fermée favorise les frustrations populaires. 

Au regard de ce qui est aujourd’hui une quasi  mise en scène, une prise de conscience collective devient urgente. Le Gabon a besoin d’un leadership lucide, ouvert et tourné vers l’avenir, et non d’un pouvoir replié sur ses réseaux d’influence. Il est peut-être temps de refonder l’action publique sur l’éthique, la compétence et l’écoute réelle des citoyens. Sans cela, les illusions de changement risquent de produire une désillusion plus profonde encore. On ne peut pas se contenter en 2025 de faire du bongoïsme. 

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